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L'appel de Mme Pagano ITINÉRAIRE (I)
Pierre vendredi 11 octobre 2002
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Je m'appelle Pierre. Pendant six mois, j'ai été membre du conseil d'administration de l'ANVHPT, jusqu'à ma démission après l'assemblée générale de février 2002. Mon témoignage est celui de quelqu'un qui a connu l'association de l'intérieur. Comme beaucoup de gens, j'ai découvert l'ANVHPT à la télévision, dans une soirée thématique de la chaîne Arte consacrée au harcèlement moral. C'était en février 2001. Au cours de l'émission, tous les ténors du harcèlement s'étaient exprimés : Marie-France Hirigoyen, l'auteur du livre de référence, le docteur Lopez et son centre de victimologie, Mme Pagano, présidente de l'ANVHPT, la plus grosse association de victimes de l'époque. Mme Pagano, qui s'exprimait dans un accent méridional virulent, m'apparut très combative. Je me suis dit qu'il ne faisait pas bon, pour les harceleurs, tomber entre ses griffes ! Elle a expliqué de quelle façon elle s'y prenait pour les interpeler, en leur adressant des lettres circonstanciées (j'ai pensé aux méthodes d'Amnesty International). Le papier à en-tête de l'association contenait une liste de membres d'honneur, parmi lesquels le célèbre Boris Cyrulnik. La caution d'un tel personnage, dont j'avais déjà lu quelques-uns des livres, m'a convaincu du sérieux et de l'importance de cette ANVHPT. Il y avait également le nom d'une dame accompagné d'une croix et de la mention « par devoir de mémoire ». À l'époque, j'étais dans un tel état de prostration et de culpabilité que le simple fait de voir l'émission a déjà été pour moi un déclic. Mais un déclic laborieux. Je me rendais compte que ce que j'avais vécu était partagé par quantités d'autres personnes, que le phénomène était déjà conceptualisé. C'était une véritable découverte ! Je me décidai à contacter cette association miraculeuse soutenue par Boris Cyrulnik. Plusieurs semaines ont encore passées avant que j'obtienne le contact avec Arles, la ville où était basée l'association. J'étais encore très velléitaire, et le seul fait d'entamer des démarches contre mon ex-employeur me rappelait à une culpabilité tenace. L'association elle-même n'était pas facile à joindre ; ou bien c'était occupé, ou bien je tombais sur un répondeur. Enfin, j'eus au bout du fil la voix chaleureuse d'une secrétaire. De son accent chantant, elle me dit d'écrire mon histoire en quelques pages. Travail dont je ne me sentais pas capable. Trop de peurs, trop de culpabilité. Plusieurs jours plus tard, Mme Pagano en personne me téléphone. Elle me propose de raconter l'histoire sur cassette. Effectivement, je me dis qu'utiliser un magnétophone devrait être plus facile. Plus tard encore, alors que je lui ai adressé la cassette, elle me dit que ça n'allait pas, que beaucoup de passages étaient inaudibles. Décidément, il faut que je me résolve à écrire. Elle réussit à me décider, à m'apprivoiser devrais-je dire. J'envoie un chèque et on m'attribue un numéro de passage. Plusieurs semaines passent encore, avant que le « comité d'experts psychologues » dont elle m'a parlé, ne rendent son verdict. Enfin, par une après-midi d'été, Mme Pagano m'appelle et m'annonce que je suis reconnu victime de harcèlement. Elle a ce mot : « Bienvenue au club. » Ceux qui sont passés par là savent à quel point une telle nouvelle est révolutionnaire... Ce fut sans aucun doute un premier pas de reconstruction personnelle. Mais ce n'est pas tout. Mme Pagano me fit également la proposition suivante : « Voulez-vous faire partie de notre conseil d'administration ? » Proposition qui me surprit terriblement, étant donné le sentiment d'auto-dénigrement qui ne me quittait pas. Je bafouillai quelque chose comme : j'ai toujours voulu faire quelque chose... ça tombe bien... Je suis votre homme. Décidément, l'offre de Mme Pagano était extraordinaire ! Quasiment une promotion sociale. Rendez-vous pris pour le prochain conseil d'administration, le 15 septembre 2001, à Arles. |
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