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La rubrique « Harcèlement par les administrations »
Michel mercredi 21 août 2002
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« Sans qu'il y ait au départ nécessairement de malveillance, la « machine » administration laisse parfois dégénérer en harcèlement moral des situations qui n'auraient dû être que de simples contentieux, si elles s'étaient réglées d'humain responsable à humain responsable. Mais, au lieu de cela, chacun se retranche derrière le système ou le règlement et, de la sorte, on n'a plus en face de soi une personne victime, mais un pion qui gêne. » [1]
Administrations et administrésL'existence de harcèlement moral au sein des administrations est établie. La citation proposée en introduction se rapporte d'ailleurs à ce contexte. Mais qu'en est-il du comportement individuel ou collectif des personnels administratifs vis-à-vis des administrés ? Existe-t-il des menées qui puissent être qualifiées de « harcèlement moral » sans abuser d'une expression déjà accomodée à bien des sauces ? Si oui, retrouve-t-on les techniques perverses mises en oeuvre sur le lieu de travail ? Quels sont les points communs éventuels ? Quelles sont les différences ? Nous n'avons pas de réponse a priori, parce qu'il serait exagéré d'assimiler au harcèlement moral tous les abus de pouvoir et tous les comportements même stupides ou malhonnêtes. De même qu'il existe une différence entre « maltraitance managériale » [1] et harcèlement, il existe une différence entre comportement abusif et harcèlement proprement dit : avant tout la mise en oeuvre répétée de techniques perverses atteignant la personne humaine au plus profond. Alors ?
Un espace de témoignageAlors notre approche sera pragmatique. Le harcèlement au travail et dans la sphère privée ont été dévoilés par la parole des victimes, convenablement relayée. Dans l'hypothèse où le harcèlement par les administrations n'est pas une vue de l'esprit, il est prévisible que les victimes éventuelles souhaiteront le « dire ». Il suffirait peut-être d'ouvrir un espace de témoignage consacré au problème pour aider à naître cette autre parole. Telle est la fonction de la rubrique « Harcèlement par les administrations » : un espace de témoignage sur le comportement des administrations à l'égard des administrés. La rubrique est donc un observatoire, ouvert sans préjuger des récits, aussi factuels que possible, qui le rempliront ou ne le rempliront pas, simples erreurs résolues de manière satisfaisante, comportements abusifs divers, aberrations ponctuelles inévitables dans tout organisme de grande taille, ou comportements individuels ou collectifs constitutifs de harcèlement moral. Le visiteur sera libre d'apprécier de lui-même.
Personnels administratifsUne administration est constituée de personnels administratifs. Mais l'administration est une abstraction, tandis que les personnels administratifs sont bien réels et sont responsables de leurs actes, comme tout le monde, même lorsqu'ils prétendent se réfugier auprès de nouvelles abstractions, les textes et règlements. En France [2], les personnels administratifs concernés relèvent par exemple de la fonction publique (ANPE, caisses d'assurance-maladie, administration fiscale), de certains organismes privés (Assedic) ou d'organismes dont le statut ou la pratique sont devenus tels qu'on ne sait plus s'ils assurent un service public ou ont une activité commerciale ou industrielle conventionnelle : EDF-GDF, offices de HLM, France telecom, etc. Sans présumer de l'avenir, voici quelques questions qui nous semblent susceptibles d'être soulevées parce qu'elles sont connexes au thème du harcèlement :
Harcèlement après le harcèlementPourquoi envisager l'existence de cette forme de harcèlement ? On ouvre rarement une rubrique lorsqu'on n'attend pas qu'elle se remplisse. Voici le constat collectif qui constitue notre point de départ. Plusieurs d'entre nous ont rencontré de nombreuses victimes de harcèlement au sein d'association(s). On parle. Incidemment, il est apparu, sur le mode de la confession, que certaines victimes ont subi des procédures fiscales. Une personne en parle. Puis une seconde. Une troisième. On finit par se poser des questions. On finit même par poser systématiquement la question : « avez-vous eu maille à partir avec les agents du fisc ? » À une grande majorité, les victimes avouent : Oui, j'ai eu des problèmes avec les impôts. Lesquels ? Un peu de tout. Enquètes fiscales, impositions percues comme arbitraires ou abusives et autres avanies. Nous disons : les victimes « avouent ». La plupart du temps, c'est ainsi que se présente la confidence. La formulation n'est pas innocente, bien entendu. Une procédure fiscale se vit toujours dans la culpabilité ; elle se présente toujours comme une mise en cause par des personnels inconnus, interchangeables, juges et parties, invariablement accusateurs mais se donnant pour objectifs sous le prétexte qu'ils n'ont pas de lien personnel avec la victime, utilisant un langage obscur et redoutable, disposant d'un pouvoir d'investigation comparable, voire supérieur, à celui de la police judiciaire et contre lequel le citoyen n'a pas de recours réel - et demandant de l'argent, encore de l'argent. Au thème de l'argent près, l'univers paradoxal du « Procès » de Kafka. Tant qu'on se croit seul au monde dans cette situation, sans recours, on se tait. Ils désirent de l'argent ? On finit par payer pour avoir la paix - quand on peut. Il y a de la culpabilité et de la soumission dans ce silence. Or pour qui a connu une situation de harcèlement, le plus surprenant est un certain air de familiarité dans les méthodes. Avalanche de lettres recommandées, impossibilité d'un dialogue véritable, dénis s'appliquant aux faits ou aux circonstances, poursuite obstinée de longues procédures contentieuses, courriers sans réponse ou répondant à côté, blocage de comptes équivalent à la mise à mort économique de la victime au moment où elle a besoin d'aide, refus des agents concernés de se reconnaître la moindre erreur ou rejetant la responsabilité de leurs actes sur les textes, et bien d'autres coïncidences évoquant les agressions perverses. Mais s'il s'avère que les victimes de harcèlement sont la cible de procédures fiscales dans une proportion anormalement supérieure à la moyenne nationale, compte-tenu de la situation de précarité souvent créée par le licenciement, la situation se renverse : il ne s'agit plus d'une faute individuelle de la victime, mais d'un biais, sinon d'une perversion du mandat, qui concerne et traverse les personnels de l'administration fiscale et non ceux qu'ils poursuivent. De plus, une situation de précarité devrait être un motif suffisant pour calmer les menées du fisc, et non l'aubaine permettant de déclencher un cycle d'agression supplémentaire. Enfin, l'action des agents du fisc vise la victime et non le harceleur présumé. Il y a là l'indice classique d'un processus de renversement des rôles, en quelque sorte d'une projection institutionnalisée de la culpabilité sur la victime. Ce type de comportement ne concerne pas que l'administration fiscale. Une forte proportion de victimes de harcèlement finissent par être licenciées et rejetées dans le chômage. Et là, nous recueillons de nouvelles histoires, qui paraissent tissées sur le même canevas, concernant les personnels des caisses d'assurance-maladie, des Assedic ou de l'ANPE.
Proposer un récitPar courriel au rédacteur de votre choix ou au webmestre. Le cadre général est exposé dans l'article La rubrique « Témoignages » notamment le guide de rédaction et les sections « Liberté et responsabilité » et « Anonymat ». [1] Marie-France Hirigoyen, Malaise dans le travail Ed. Syros, p. 107, cf. Bibliographie. [2] La rubrique est également ouverte aux témoignages venant du Québec, de Belgique et autres pays francophones. |
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