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Les expériences de Milgram (I)
Didier mercredi 13 mars 2002
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La plus emblématique des situations de harcèlement, bien qu'elle soit loin d'être la seule, est le harcèlement par le personnel hiérarchique. La victime verra la majorité de ses collègues devenir indifférents, méprisants ou ouvertement agressifs, tout en répétant comme par imitation les comportements du responsable. En d'autres termes, le harcèlement se nourrit des comportements dits de « soumission à l'autorité ». Encore faut-il s'entendre sur le sens de l'expression. L'ampleur des phénomènes de soumission à l'autorité a été mise en évidence dans les années soixante par une série d'expériences marquantes réalisées par un psychologue, Stanley Milgram, à l'Université de Yale. Nous vous proposons un voyage parmi ces expériences. Première partie. Un jour, René lit une petite annonce dans le journal. René est une personne ordinaire. Employé, petit fonctionnaire, ouvrier ou ingénieur, tout le monde et personne. L'annonce dit qu'un laboratoire de psychologie de l'université voisine recherche des participants pour une expérience sur la mémoire. La participation n'est pas bénévole mais la rémunération se limite à quatre euros. René téléphone, reçoit un rendez-vous et se rend à l'université le jour dit. Un autre participant, Dominique, attend lui aussi. Un chercheur en blouse grise les accueille courtoisement. Le chercheur, un homme qui « pendant toute la durée du programme [...] garda un maintien impassible et une expression plutôt sévère » [1] explique les tenants du programme de recherche. Il s'agit d'étudier un domaine mal connu, l'effet d'une sanction sur les mécanismes de l'apprentissage. Quel degré de sanction est le plus favorable à l'apprentissage ? Un adulte appprend-il mieux lorsque l'enseignant est plus âgé que lui ? L'étude consiste à réunir des adultes d'âges et de métiers divers. Les uns tiendront le rôle de l'enseignant ou « moniteur » les autres celui de l'élève. Le laboratoire étudie ainsi l'effet de la relation moniteur/élève sur le degré d'apprentissage. On tire au sort. René sera le moniteur, Dominique l'élève. Le chercheur les amène dans une pièce où se trouve une chaise munie de sangles et d'électrodes reliées à un faisceau de câbles. En retrait, un pupitre de commande. Le chercheur installe Dominique sur la chaise et lui sangle les mains. Les sangles, dit-il, sont destinées à « empêcher toute gesticulation excessive lors de la réception des chocs ». Le chercheur passe une pommade sur les poignets de Dominique et glisse les électrodes sous les sangles. Puis il s'explique. Le pupitre est un générateur d'électrochocs. Les chocs tiendront lieu de sanction en cas de faute. « Même si les chocs sont douloureux, ils ne risquent pas de provoquer de lésion permanente », dit-il. L'exercice d'apprentissage est un test d'association. René doit lire à voix haute des couples de mots que Dominique doit mémoriser - ciel bleu, jour frais, canard sauvage... Puis René lit sur une autre feuille : « Bleu : compteur, ruban, ciel, yeux. » À ce moment, Dominique doit se souvenir quel était le mot associé à bleu ; compteur, ruban, ciel ou yeux ? La réponse est « ciel » car le premier couple était « ciel bleu ». Tel est l'exercice ; se souvenir d'une liste d'associations, puis les retrouver parmi quatre propositions. De son côté René doit apprendre la liste à Dominique puis lui poser les questions. Le générateur de chocs comporte trente manettes ; quinze volts, trente volts, quarante-cinq volts... jusqu'à quatre cent cinquante volts. Une manette tous les quinze volts. Lorsqu'on abaisse la manette, un voyant rouge s'allume et la machine bourdonne ; puis un éclair bleu jaillit et l'aiguille du voltmètre bascule. Le chercheur montre son fonctionnement. René doit envoyer une décharge à Dominique à chaque erreur. Il commencera à quinze volts et passera au cran supérieur à chaque nouvelle erreur. René doit annoncer le voltage avant de déclencher le choc. Puis il pose la question suivante. Quatre par quatre en ordre croissant, les manettes portent les indications suivantes : « choc léger », « choc modéré », « choc fort », « choc très fort », « choc intense », « choc extrêmement intense », « attention choc dangereux ». Les deux dernières manettes portent l'indication « XXX ». René lit. Ciel bleu, jour frais, canard sauvage... À suivre... [1] Les citations sont extraites de « Soumission à l'autorité » de Stanley Milgram (Calmann-Lévy, 1974).
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