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Harcèlement: « On n'a pas de comptes à rendre... »
Fri 10 Sep 2010 ©harcelement.org retour








« On n'a pas de comptes à rendre... »
DIALOGUE AVEC NICOLE DEVOS, MÉDIATRICE DE L'AFPA

Crypto
-rédacteur

jeudi 13 mai 2004


Sur une population constante de 148 000 stagiaires, environ trois cent lettres, réclamations et doléances diverses arrivent chaque année à la mission bénéficiaires de l'AFPA à Montreuil, dixit Jean-Michel Vernet, responsable du service.

Nicole Devos occupe une place prépondérante dans ce service, assurant la délicate mission de médiatrice. Comme son nom apparaît dans la réponse officielle de l'AFPA concernant le stage Restauration du Mobilier d'Art du centre de Chartres, je la rappelle pour demander des éclaircissements.

Comment Nicole Devos conçoit-elle son travail de médiatrice ? Comment, selon l'expression maison, suit-elle l'affaire ?

« Nicole Devos : Bonjour !
-  Crypto : Je vous rappelle au sujet de notre premier échange sur Chartres.
-   Oui… Ben vous avez reçu un courrier !
-   J'ai reçu un courrier signé de M. Destival.
-   Voilà, c'est ça ! Donc, euh… voilà ! Bon ben... comme on vous le dit, hein, y'a une enquête qu'a été menée. Et puis maintenant ben on se réserve le droit de prendre des mesures, euh… euh… si nécessaire !
-   Je le trouve un peu court ce courrier.
-   Ben comme il vous l'a dit, M. Vernet, on n'a pas de compte à vous rendre… euh... sur les mesures qu'on prendra ou qu'on ne prendra pas… si vous voulez. On n'a pas de comptes à rendre à nos stagiaires à posteriori ! Ce sont des mesures qui sont internes. Après, l'AFPA se réserve le droit de gérer son personnel comme elle l'entend à l'interne ! On n'a pas à rendre des comptes à l'extérieur ! Ce qui me paraît tout à fait normal !
-   Je ne vois pas tout à fait les choses en ces termes-là. Ça me paraît légitime que les stagiaires soient informés de…
-   Ben écoutez, c'est votre point de vue à vous. Bon, maintenant, l'AFPA a un autre point de vue, euh… Et, euh… donc, moi…j'adopte le point de vue de la maison !
-   Je m'étonne que les points de vue puissent diverger.
-   Vous savez, ça arrive souvent que des points de vue divergent, hein.
-   Est-ce que nos points de vue divergent ?
-   A ben de toute façon, moi je me range du point de vue de mon institution, hein ! Mmm, on est bien clairs, hein ! M. Vernet vous l'a dit, non ? On rend pas de compte aux stagiaires sur ce qu'on fait à l'interne ! On rend jamais de comptes sur ce qu'on fait à l'interne !
-   Mais bon, ma problématique n'est pas celle-là, je ne demande pas qu'on me rende des comptes.
-   Qu'est-ce que vous demandez Monsieur C ! ?
-   Ben je demande un développement par rapport à ce courrier que je trouve encore une fois un petit peu court.
-   Ben écoutez…
-   Vous me dîtes que vous avez connaissance de ce courrier ?
-   Oui, tout à fait, j'en ai eu connaissance !
-   Voilà, je lis : « l'antériorité des faits est... »
-   Ben forcément, vous évoquez des faits qui se sont déroulés en 98, Monsieur C !
-   Pour moi, oui.
-   Bon ! Euh… Comment voulez-vous qu'on revienne sur des faits qui se sont déroulés en 98 ! Expliquez-moi !
-   Je vous trouve un peu agressive.
-   Non... pas du tout. Mais je trouve votre question elle est assez étrange. Je la trouve curieuse votre question. Vous nous citez des faits qui se sont déroulés en 98, Monsieur C. Bon, comment voulez-vous que six ans après on puisse revenir sur des faits qui se sont déroulés en 98 ? Expliquez-moi comment on pourrait faire ?
-   Je ne cite pas seulement des faits de 98/99, c'est-à-dire ma propre expérience. Puisque vous connaissez le site, vous pouvez voir aussi des faits plus récents. Et je pense qu'en rappelant des faits de 98/99, on met justement les choses en perspective et on met en évidence un fonctionnement récurent.
-   ...Par ailleurs, comme on vous le dit également dans le courrier, nous n'avons pas que des choses négatives !
-   Ben, on ne dit pas ça, non.
-   Ah si ! Si ! Si ! je crois me souvenir que le courrier dit entre autre, euh… que… euh… : « Nous disposons d'éléments... »
-   « Les éléments dont nous disposons à ce jour ne nous permettent pas de confirmer vos dires. »
-   Voilà ! Euh…
-   Il n'est question ni de négatif ni de positif.

 

« La prévention, vous savez ce que ça veut dire ! »


« Nicole Devos : Ecoutez, moi, Monsieur C, je ne veux pas aller plus loin dans ce courrier, de toute façon ! Euh… donc… euh… Je peux rien vous dire d'autre. Je... je... je peux pas vous en dire plus que ce que vous a dit M. Vernet, hein... euh… M. Vernet c'est la personne qui est au-dessus de moi et je peux pas vous en dire plus. Je suis désolée.
-  Crypto : Ecoutez, je reçois là une lettre qui est un petit peu langue de bois, si vous me permettez l'expression.
-   Ben écoutez, moi, Monsieur C, je peux pas vous dire autre chose.
-   Vous êtes « médiatrice », je vois même en haut du courrier « affaire suivie par Nicole Devos », alors je m'adresse à vous à ce titre.
-   Oui, mais… vous pouvez voir en bas aussi que c'est signé par notre directeur, qui s'appelle M. Destival. Donc euh… bon... euh… La signature de M. Destival, vous savez… ça prévaut sur Nicole Devos, hein. Hein ! Donc, euh… voilà !
-   J'ai essayé de le joindre ce matin. Il n'était pas là.
-   Oh ! Vous aurez beaucoup de mal à le joindre hein, M. Destival c'est l'adjoint de notre directeur général ! Euh… Vous aurez beaucoup, beaucoup de mal à le joindre, hein ! Enormément de mal, hein ! Parce que disons que bon, hein… D'abord ça ne rentre pas dans ses fonctions de dialoguer en direct je pense avec des stagiaires, hein. Je ne pense pas ! Bon, voilà… Je pense que vous aurez beaucoup de mal à joindre M. Destival, hein ! Enormément de mal !
-   Ça dépend quel intérêt il porte à ce genre d'affaire et aux problèmes des stagiaires en général. Et puis s'il est capable de m'écrire, il doit bien être capable de me parler.
-   Ecoutez, moi, Monsieur C ! Voilà ! Je peux rien vous dire d'autre que le courrier qui vous a été adressé. Voilà !
-   Justement ce courrier. Je vois écrit : « Dans une optique de prévention, nous avons demandé à la Direction Régionale Centre de procéder à une enquête auprès de cet Etablissement. » Est-ce vous pouvez me dire ce que ça signifie ?
-   La prévention, vous savez ce que ça veut dire ! [rires] On vous a dit qu'on avait fait une enquête par l'intermédiaire de la direction régionale. Ben maintenant… Et comme on vous dit, néanmoins… Bon, l'AFPA se réserve de prendre toute mesure si elle le juge nécessaire. Bon disons… Et après ben on n'a pas de… On ne rend pas de comptes aux stagiaires sur ce que nous faisons à l'interne !
-   J'ai bien noté, vous me l'avez déjà dit plusieurs fois.
-   Eh bien oui... Non, parce que… vous semblez ne pas… le comprendre. Vous revenez toujours sur les mêmes choses.
-   C'est une expression étrange je trouve « rendre des comptes aux stagiaires ». Je voudrais vous rappeler que le slogan de l'AFPA c'est quand même : « Votre avenir nous engage. » Ce qui pourrait signifier, en quelque sorte : s'intéresser à la façon dont on les traite, etc. Enfin, avec un slogan aussi pareil…
-   Ecoutez, bon… Monsieur… Moi… C'est votre façon de voir les choses
-   Ben je ne sais pas, ça me paraît utile de rappeler ce slogan, non ?
-   Oui… c'est bien, hmmm !
-   Ecoutez, je note quand même que vous paraissez très embarrassée.
-   Vous m'avez déjà dit ça la première fois, alors ça s'est pas amélioré ! [rires]
-   Vous m'avez dit que vous connaissiez le site depuis longtemps, alors je m'étonne que face à des informations plutôt alarmantes pour « l'institution », vous n'ayez pas réagi de votre propre chef en tant que médiatrice.
-   ...Pfff… Je… Je... je réagis dans… dans la limite de mes possibilités Monsieur C… Voilà !
-   Bon, ben, je prends note. Merci, au revoir.
-   Je vous en prie ! Au revoir. »




FORUM
> « On n'a pas de comptes à rendre... »
24 août 2004, par Michel

[J'ai supprimé une contribution obscure et hors sujet]

Distorsions
27 mai 2004, par crypto

Le psychiatre Christophe Dejours, dans son ouvrage Souffrance en France, parlant de « distorsion communicationnelle » :

« En l'absence de retour d'expérience, alors que règne le silence sur le réel du travail, on construit ici et là des descriptions du travail et de l'organisation du travail qui travestissent la réalité et sont, pour une part, duplices et mensongères. »

Dans notre rubrique La poudre d'escampette, nous tâchions de mettre en évidence ce phénomène paradoxal qui consiste, pour les témoins de harcèlement, à parler très différemment qu'ils accepteraient d'écrire. On aura noté que la stagiaire Laure, tout en s'efforçant de projeter la culpabilité vers d'autres stagiaires, exprimait un témoignage implicite sur les conditions de vie imposées par Claude Berthier, disant par exemple : « Tout le monde a été malade, plus ou moins dans son coin. » Distorsions qui rendaient son récit contradictoire, comme un effet permanent de la confusion entretenue pendant le stage.

Le harcèlement moral se déroule principalement au plan oral. Les traces écrites, lorsqu'elles existent, ne sont que la face visible d'un iceberg de perversion (On parle de crime parfait). Il importe de tout mettre en œuvre pour transcrire cette dimension orale.

S'agissant de notre entretien avec Laure ou de celui avec Mme Devos, la technique est la même : recueillir objectivement une parole qui soit la plus spontanée possible.

Il découle que le caractère paradoxal observé dans les propos de Laure vaut pour ceux de Nicole Devos. Ici, le « On n'a pas de comptes à rendre aux stagiaires ! », asséné oralement par la médiatrice officielle, se présente comme l'antiphrase exacte de cet autre slogan, écrit sur tous les frontons de l'AFPA : Votre avenir nous engage...

Brigitte, solidaire
24 mai 2004

Tout ça fait un peu froid dans le dos, mépriser ainsi la parole des gens et puis ça manque vraiment de courage. Ça ma fait penser à un caporal qui dirait moi je pense comme le chef….. je me dis que heureusement, personnellement je ne suis pas concernée par l'afpa mais je trouve quand même que ils devraient être plus dignes et plus respectueux des gens.

  • Le point de vue de la maison
    19 juin 2004, par
    crypto

    Les phénomènes observés autour du harcèlement moral sont les mêmes que ceux baignant viol et pédophilie : souffrances post-traumatiques, renversement des rôles, protection du coupable, soumission à l'autorité, etc.

    Les victimes d'actes pédophiles sortent du silence parfois dix ou quinze ans après les faits (récemment, un prêtre vient d'être condamné aux assises d'Angers pour des viols sur mineures commis en 1987).

    De ce point de vue, on pourrait dire que les témoignages publiés sur notre site sont largement « dans les temps », le plus récent, celui de Michel, étant arrivé 14 mois après son passage à l'AFPA de Chartres).

    Mais Mme Devos ne va pas aussi loin dans ses réflexions. Elle revendique, comme vous dites, de penser comme le chef, un point c'est tout ! Position singulièrement inconsistante, vu son titre de médiatrice.

> « On n'a pas de comptes à rendre... »
19 mai 2004, par formateur au cesi

"Ben comme il vous l'a dit, M. Vernet, on n'a pas de compte à vous rendre… euh... sur les mesures qu'on prendra ou qu'on ne prendra pas… si vous voulez. On n'a pas de comptes à rendre à nos stagiaires ..."

vous êtes sur que c'est une employée chargée de la médiation à l'afpa qui a dit ça ?

vous avez des preuves ?

moi je travaille au cesi ile de france et je peux vous dire qu'on a des comptes à rendre à nos stagiaires, qu'il viennent du privé où qu'il soient demandeurs d'emploi,

dans le cadre de la certification iso, on remet à chaque stagiaire une fiche d'évaluation pour noter nos prestations, aussi bien techniques qu'intellectuelles...

le stagiaire est le client, nous sommes les prestataires, on gagne de l'argent grâce aux stagiaires et on s'attache à leur satisfaction.

l'afpa est-elle certifiée iso ?

que fait-t-elle des plaintes "clients"

cette madame devos a-t-elle été formée à la qualité ?

je suis allé lire les témoignages sur le site, toute cette histoire me semble incroyable, iréelle...



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