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Protéger le coupable [2]
« UNE ESPÈCE DE REMPART »

Michel
-administrateur du site

Didier
-rédacteur

dimanche 9 février 2003


Voici un second exemple de comportement paradoxal observé dans l'entourage d'une personne qui s'est rendue coupable d'agression.

L'exemple est extrait d'un reportage télévisé, diffusé sur Antenne 2 en 2001 dans le cadre d'un Envoyé spécial consacré aux prêtres pédophiles.

Nous présentons la transcription d'un extrait du reportage.

La transcription est aussi fidèle que possible. Ainsi les hésitations, les euh..., toujours significatifs, sont également reproduits, en espérant que le texte n'en soit pas trop alourdi.

Nous ne reproduisons pas l'interview de la victime, le but étant de suivre le comportement des autres intervenants.

[L'extrait débute sur un plan large du village de Locmiquélic.]

« VOIX OFF. - [...] Comme ce fut le cas en Bretagne, dans le village de Locmiquélic, il y a à peine trois ans.

« Le responsable de la paroisse locale, l'abbé Picot, faisait subir aux enfants des attouchements sexuels. Il est condamné en février 2000 à deux ans de prison avec sursis. Il est interdit de séjour à Locmiquélic.

« L'Église savait pourtant que Roger Picot avait déjà sévi dans d'autres paroisses. Sa façon de résoudre le problème, le déplacer. Le prêtre pouvait continuer ses délits, en toute impunité.

« Claire fut l'une de ses victimes.

[Interview de Claire, aujourd'hui adolescente, qui décrit les attouchements sexuels du prêtre, imposés par la force. Nous ne reproduisons pas l'interview. Le reportage reprend sur un plan de coupe, tandis que la voix off poursuit ses explications.]

VOIX OFF. - Parole d'enfant contre une institution solidement enracinée dans cette région. Les pressions des fidèles et de l'Église ont été très fortes. Le scandale ne devait pas éclater. Toute une partie du village se ligue contre les victimes et leur familles, agressions physiques et verbales, les enfants sont traités de menteurs, l'Église, elle, se tait.

« Aujourd'hui à la retraite, un homme, l'ancien sous-officier responsable de l'enquête, peut librement parler du climat de tension qui régnait à Locmiquélic, avant le procès du prêtre, pendant le procès, et après.

[Plan fixe sur Daniel M., major de gendarmerie à la retraite.]

DANIEL. - Lorsqu'on constate... euh... qu'il se crée autour euh... de... du personnage mis en cause, il se crée un... un comité de défense, ou alors aussi un... une espèce de rempart qui empêche euh... les familles des... des mineurs, euh... de... de... de vivre normalement leur vie, puisque... euh... leurs enfants allaient dans une école privée... et les enfants subissaient... euh... une certaine pression, et les parents aussi.

« Euh... si cette personne est mise en examen, c'est qu'il y a quand même quelque chose qui est retenu contre elle... euh... c'est que... on... on n'admet pas... on n'admet pas qu'un prêtre soit poursuivi par la justice, quoi.

[Interview des parents d'une victime, Thierry D. et son épouse. Plan fixe sur le salon.]

THIERRY. - Dans un village comme ici, vous sortez, vous avez des regards, inquisiteurs ! Chaque personne vous regarde comme si vous étiez le... le scandale... enfin la personne par qui le scandale arrive !

ÉPOUSE. - Hmm (murmure d'approbation).

THIERRY. - C'est ça qui est lamentable ! Et c'est entretenu. Parce que, justement, l'Église n'a pas fait cette démarche, n'a pas dénoncé... (inspiration) Il paraît que, bon, j'allais plus au... à la messe, mais à la messe... on continuait ! à idolâtrer ce curé... On le met en... on le met en hauteur. Alors que... je sais pas, c'est... c'est pas se grandir, c'est pas se grandir d'organiser, par exemple... On va mettre des cars... euh... pour aller au procès... euh... on va... un comité de soutien... euh... curé en tête, euh... Là il y a... là il y a quelque chose qui va pas... il y a quelque chose qui va pas dans ce monde !

[Plan de coupe.]

VOIX OFF. - Nous souhaitions rencontrer le successeur de Roger Picot. Rendez-vous est pris. Au dernier moment, il refuse de répondre. Nous insistons. A-t-il renoué le dialogue avec les familles de victimes et les enfants ? En guise de réponse, il nous lit une déclaration.

[Plan large sur une pièce du presbytère. Le prêtre est en présence de deux journalistes.]

LE PRÊTRE, lisant un papier d'une voix monocorde (le début est incompréhensible). - [...] Je voudrais dire simplement : j'ai été envoyé comme pasteur dans la paroisse de Locmiquélic... qui était divisée à la suite des événements que vous connaissez.

« Mon souci premier est de travailler à refaire l'unité de cette communauté et de panser ses plaies. Pasteur, je suis appelé à être l'homme de la communion et de la compassion pour tous.

(Il cesse de lire et se tourne vers les journalistes.) Bon. (Ton dur, hostile, méprisant.) C'est tout ce que j'ai envie de dire. Je veux pas faire de commentaire, vous avez employé le mot victime... hein.

JOURNALISTE. - De quoi, cela vous semble pas être des victimes ?

[Pas de réponse. Silence du prêtre. Il chasse littéralement les journalistes, qui descendent l'escalier du presbytère en continuant à filmer. On entend la voix off pendant l'épisode.]

VOIX OFF. - Peut-être un problème de génération ? Ceux qui ont porté plainte ne seraient donc pas des victimes ? Pour les familles, cette affaire est vécue comme une double trahison, celle de l'Église, celle de leur foi.

LE PRÊTRE, du haut de l'escalier. - Et puis toute façon, j'avais pas l'intention de vous en dire davantage, hein. »

[Fin de l'extrait.]

Copyright © Antenne 2, 2001.




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