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Harcèlement: « Comme un chien qui ne veut pas avancer »
Wed 08 Sep 2010 ©harcelement.org retour








« Comme un chien qui ne veut pas avancer »
TÉMOIGNAGE DE CLAUDINE

Michel
-administrateur du site

vendredi 20 décembre 2002


« Je m'appelle Claudine [1].

« Je travaille comme opératrice sur machine dans une manufacture de textiles. Je fais des bobines de fil.

« Ça fait maintenant quinze ans que je travaille à cet endroit. Et ça fait douze ans que j'ai l'impression de vivre des injustices. Je fais un travail d'équipe. Il y a trois chiffres [2] : de jour, de soir et de nuit ; plus un chiffre de fin de semaine quand il y a un surplus de travail. Il y a douze ans, je travaillais de soir, et la fille derrière moi me dénigrait sans cesse. J'ai vite perdu confiance en moi. Il y avait beaucoup de travail ce temps-là, les employeurs nous ont demandé de travailler aussi la fin de semaine. Alors, finalement, un chiffre de fin de semaine s'est ouvert et les employeurs m'ont demandé de travailler la fin de semaine, samedi et dimanche, deux fois douze heures payées trente-six heures. J'ai accepté avec joie. J'avais le moral à terre à force de me faire dénigrer par la fille.

Je n'ai pas eu la paix longtemps, un gars à problèmes s'est retrouvé derrière moi (ils avaient des problèmes avec lui la semaine). Alors, il s'est mis à me dénigrer à son tour, en dernier il m'a traitée de pourrie. J'ai complètement perdu le contrôle de moi, je n'en pouvais plus, je lui criais « MANGE DE LA MARDE, ... » Un des employeurs a dû venir pour m'aider. Il m'a fait des menaces devant l'employeur et c'était bizarre comment ce gars-là était calme ! Pour lui, c'était drôle. Finalement, ils l'ont congédié.

J'ai dû retourner travailler la semaine à cause du 11 septembre. Je me suis retrouvée en avant d'un autre gars à problèmes. Ce gars-là connaissait mon histoire et il s'est mis à me dénigrer mais cette fois-ci, il passait par les contremaîtres. Ce gars-là a les caractéristiques d'un manipulateur. J'ai lu le livre « Les manipulateurs sont parmi nous ». Alors, la contremaîtresse sur son chiffre s'est mis à dire à mes contremaîtres tout ce qu'il disait contre moi.

Le gars a finalement changé de machine (il était écoeuré de travailler en arrière de moi). Un autre a repris sa place et il m'a dit tout ce que l'autre disait dans mon dos et le gars me disait qu'il ne comprenait pas, il trouvait que je faisais bien mon travail et qu'il n'avait rien à me reprocher. Mais cet ami n'est pas resté longtemps derrière moi, les employeurs lui ont demandé d'aller sur une autre machine.

Alors, un autre a repris sa place. Il travaillait de jour avec moi et j'entendais ses discours. Il m'a dit qu'il a cessé de boire parce qu'il est violent. Il dénigre les autres et les traite de pourris. Et aujourd'hui, j'ai cette personne derrière moi et c'est recommencé. L'autre l'a influencé, et il s'est mis à me dénigrer lui aussi. Lui aussi passe par la contremaîtresse qui ne connaît pas du tout le travail que je fais. Il dit que c'est le bordel sur ma machine et elle écrit dans son rapport que c'est le bordel sur ma machine.

Je ne peux jamais me défendre. Mes contremaîtres ont maintenant des doutes sur moi. Ça fait maintenant douze ans qu'on me critique alors, ils pensent que c'est moi le problème. Ils me surveillent.

La dernière fois, ça remonte à environ trois semaines, j'ai dû parler fort encore et j'ai dit à ma contremaîtresse qu'ils m'obligeaient à en faire plus que les autres. Les contremaîtres me voient travailler et ils me considèrent comme une bonne travaillante, ils me disent que je n'arrête jamais, que j'ai tout le temps quelque chose à faire, que je vais aider aux autres. C'est pourquoi, je ne comprends pas pourquoi ils m'en exigent encore plus. J'ai mes limites moi aussi. Comme j'ai demandé à ma contremaîtresse : « Est-ce que j'ai le droit d'être humaine moi aussi ? » C'est la colère qui m'a fait dire : « Pourquoi est-ce qu'il faut que je travaille douze heures dans huit ? » Ma contremaîtresse m'a dit : « Mais on veut t'aider ! » Je lui ai répondu : « T'appelle ça m'aider toi ? Je dois faire du 200%. T'appelle ça m'aider ? Tu ne te rends pas compte que je me fais manipuler ? »

Je n'avais pas le choix de parler fort, les machines font beaucoup de bruit et en plus j'étais en colère et j'avais des larmes qui coulaient sur mes joues. J'étais déçue que ma contremaîtresse entre dans leur jeu, je la croyais plus compréhensive !

Est-ce du harcèlement moral ? Pourquoi ils passent par les contremaîtres pour me critiquer ? Aujourd'hui, je sais comment me défendre. Mais avec mes contremaîtres, je n'ose pas de peur de perdre mon emploi. Je n'ai plus aucune confiance en moi. Si je perds cet emploi, je ne sais plus où aller. Et je vais retomber avec un petit salaire et plus aucun avantage.

Que dois-je faire ? Ils parlent de harcèlement moral pour les personnes qui travaillent dans les bureaux, ou dans les hôpitaux, mais dans les manufactures, on entend rien dire.

Ah, au fait, j'allais oublier quelque chose d'important : on entrait dans ma case comme on voulait. La case, c'est un vestiaire. J'y dépose mon manteau et mes outils et j'y mets un cadenas. Nos cases sont à côté de nos machines.

Mais, ils ont réussi à ouvrir ma case à force d'y donner des coups de pied. Je voyais que quelque chose de pas normal se produisait depuis quelques mois, ils avaient dessiné un « fuck » dessus (un doigt d'honneur). J'ai donc décidé de changer de cadenas. La semaine suivante, on y avait dessiné un autre « fuck ». J'étais contente, je croyais avoir réussi. Mais l'autre semaine d'après, j'ouvre mon vestiaire et j'y vois un gros sac rempli de laine. Je l'ai montré à une consoeur de travail. Elle n'en revenait pas elle non plus. Je suis montée au bureau tout de suite pour en parler aux contremaîtres et ils ont dit qu'ils chercheraient le coupable. Un des contremaîtres m'a dit que certains vestiaires pouvaient s'ouvrir même s'il y avait des cadenas. Alors, j'ai vu qu'il avait raison. J'ai donc été obligée de changer de vestiaire. Un collègue m'a dit, viens à côté de moi, il y en a un de libre. Il m'a confié que lui aussi se faisait jouer des tours, il arrivait le matin et son cadenas était entouré de « tape » ou ils lui mettaient de la poudre dessus. Ça m'a rassurée un peu. Alors croyez-moi, je n'ai pas écrit mon nom sur mon nouveau vestiaire.

Alors, le lendemain, sur mon ancien vestiaire, ils avaient dessiné un monsieur sourire (qui voulait exprimer leur satisfaction).

La semaine dernière, on a collé une étampe, une grosse étiquette sur mon nom qui était écrit sur la case pour dire que j'avais changé de case. Ça me blesse beaucoup.

Dieu merci à la maison je suis bien, je vis seule et je me change les idées, mais aussitôt que je retourne travailler, c'est comme si mon estomac me montait dans le cou et j'ai des palpitations cardiaques. Je me sens comme un chien qui ne veut pas avancer. »


[1] Pseudonyme. Témoignage adapté d'un courrier électronique avec l'accord de Claudine.

[2] Un chiffre est une équipe qui fait les trois huit. Les chiffres se relaient par tranches de huit heures auprès des machines.




FORUM
> « Comme un chien qui ne veut pas avancer »
6 octobre 2006, par cloe

Je m'appelle claudine, et j'aimerais utiliser le témoignage de Claudine dans mon prochain spectacle Si elle peut me donner son accord.

> « Comme un chien qui ne veut pas avancer »
26 septembre 2006, par scarlette

cher collègue je voudrai vous tirer mon chapeau pour supporter tout ce qui vous arrive de désagréable depuis bien lomgtemp que dis-je désagréable plutôt dire horrible, monstrueux, inumain, et quel courage vous avez ! ! ! ! j'ai moi aussi subi cela durant 2 ans hospitalisation , TS je suis en thérapie depui 1 an et avant en mi temp thérapeutique ce qui ma aidé à remonter la pente mais également protéger dans le sens ou la direction fait plus attention parce que la medecine du travail veille n'hésitez pas à faire part de tout ceci à la medecine du travail et à noter jour par jour en précisant les faits sur un petit carnet que vous aurez toujours sur vous et au moment ou on vous réprimande notez tout exprès devant eux sans vous cacher en leur présisant que c sous le conseil de votre avocat et de l inspection du travail que vous noter tout et surtout relativisez la vie est faite d'épreuves mais vous les passerez toutes avec courage j'en suis sure et dites vous qu'avec une bonne santé on peut tout combattre ! ! ! !

a très bientot et je suis à votre disposition pour tout dialogue

> « Comme un chien qui ne veut pas avancer »
26 mai 2004, par Fergie
Comme un chien qui ne veut pas avancer

Je comprends le stress que l'on peut vivre dans un environnement qui ne laisse place à aucune imagination et pour lequel il est impossible d'avoir une auto-satisfaction. Les gens pour se valoriser le font comme ils le peuvent (ou l'on appris)... c'est malheureusement par le dénigrement des autres qu'ils le font. Je n'accepte pas cela et j'ai besoin d'un environnement sain, jovial moi-même. Alors je comprends votre désaroi.

Il semble par contre impossible de pouvoir modifier le comportement de la moyenne des gens dans cette ''usine''.

Le monde du travail a changé. Nous sommes arrivé dans une ère de pénurie de main-d'oeuvre. Ce qui vous donne la liberté de cogner à d'autres portes. Alors, prenez un congé (de maladie ou autre) et allez porter votre c.v. ailleurs.

C'est ce que j'ai fait... c'est stressant pendant la recherche car c'est de l'inconnue. Pleins de questionnements. Mais si on se pose la question... est-ce que je peux trouver pire ? et que ta réponse est NON... fait le saut. T'es pas pour vivre malheureuse de même toute ta vie. Travailler c'est le 1/3 de ta vie (8 heures sur 24). C'est beaucoup ! Prends le courage. Ça vaut la peine !

  • > « Comme un chien qui ne veut pas avancer »
    16 janvier 2005, par
    RP

    En somme, ce que vous proposez, c'est que les victimes s'en aillent voir ailleurs, pendant que leurs bourreaux occupent toujours le terrain.

    Finalement, c'est exactement ce que veulent les harceleurs…

    Vous trouvez normal, par exemple, que ce soit la femme battue qui soit obligée de quitter le domicile et non le mari violent ?

> « Comme un chien qui ne veut pas avancer »
14 mai 2004, par Un retraité

De toute évidence, cette femme ne peut et ne sait pas se défendre. Ce milieu professionnel très particulier qu'est le textile est très souvent le théâtre de tels agissements, qui arrangent le patronat (tant qu'ils se battent entre eux...)Il devrait exister une antenne régionale où les victimes pourraient se faire entendre. Bon courage tout de même, avec l'espoir qu'un collègue sera compatissant.

> « Comme un chien qui ne veut pas avancer »
1er août 2003, par OCEANE

Je vous comprends car je suis plus ou moins dans la même situation que vous.

Celà fait environ 5 ans que je travaille. Malheureusement mon ancien employeur est parti à la retraite et depuis environ 1 an et demi un autre l'a remplacé.

Il passe son temps à m'épier, m' humilier.

Il m'a proposé le poste de ma collègue et est aller dire à celle-ci que j'avais demandé son poste.

Il raconte à des nouvelles recrues qu'il ne m'aime pas que je suis chiante, désagréable et que s'il me laisse au SMIC (je suis titulaire d'un BTS) c'est pour que je parte car il a été obligé de me reprendre vu que je suis là depuis 5 ans.

J'en suis à mon troisième arrêt de travail pour le même motif.

Nul ne peut m'aider (aller demander à vos collègues de témoigner)..

Je suis à bout et je vous comprends.

Moi aussi je vais travailler avec une boule au ventre, je suis comme vous écoeurée..

Moi aussi je travaille comme une malade et pour koi ? pour être considérer comme une moins que rien.

Je reste à votre écoute (car j'ai également besoin de soutien).



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