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José est arrivé
ITINÉRAIRE (III)

Pierre
-rédacteur

vendredi 1er novembre 2002


José Zuazola est apparu à l'heure dite. On l'a fait asseoir dans un coin dégagé à l'entrée de la pièce. D'où il avait très exactement l'air d'un homme mis sur la sellette.

Mme Pagano nous l'a présenté de façon très protocolaire en disant bien haut : « Voici notre délégué du personnel. » Titre qu'a immédiatement réfuté l'intéressé, dans un haussement d'épaule. Il s'est ensuivi entre eux un échange plutôt nerveux au cours duquel le salarié a précisé, en termes de droit, ce que signifiait « délégué du personnel. » Les deux protagonistes se tutoyaient comme des familiers, comme des gens habitués à travailler ensemble. José s'exprimait avec une certaine fougue, il ressemblait au portrait-type du syndicaliste (d'aucuns diront de l'emmerdeur). Cependant, il avait l'air très impliqué dans son travail.

Après son départ, Mme Pagano nous a demandé de constater qu'il s'était adressé à elle de façon « irrespectueuse. » Tibaudo, bonhomme, a dit, comme pour calmer le jeu : « Ils sont passionnés tous les deux. » Elle et Tibaudo ont rappelé avec emphase les responsabilités qu'impliquait le fait d'être administrateur. Renouveler ou pas les contrats : telle était la question...

Il semble qu'un conflit s'était déclaré entre la présidente et l'une des salariées, Suzanne. La salariée avait déjà écopé d'un avertissement pour avoir écrit à tort le mot « harceleur » dans une correspondance de l'association. Une note au mur faisait allusion à l'incident. Les membres du CA ont écouté tout ceci avec un grand sens de leur pouvoir. Ils donnaient fâcheusement l'impression de gens « qui se la jouent. » Ils ont longuement ergoté sur la création d'un poste de directeur. En jonglant avec les gros chiffres, le trésorier, M. Lucot, a conclu que l'association ne pouvait pas se permettre la création du poste.

Comment fallait-il traiter la question des salariés ? Que fallait-il leur répondre ? Tibaudo s'est lancé dans une prose digne d'un discours de onze novembre : « Les membres du Conseil d'administration rendent hommage au travail effectué par les salariés, etc. »

Mme Pagano employait à l'envi des expressions comme « sur décision du CA » ce qui posait bizarrement les termes de sa propre responsabilité. Elle parlait haut, en se gargarisant de termes ronflants. Elle nous révéla qu'elle avait invité M. Loubat, un des membres d'honneur de l'association, à venir observer sur place le comportement des salariés et le sien. M. Loubat lui avait dit à cette occasion qu'elle était « un ayatollah. » Mais étrangement, Mme Pagano nous expliqua que le mot était très positif. Elle paraissait très fière d'être qualifiée d'ayatollah.

Il est vrai qu'elle excellait dans ce qu'on pourrait appeler l'art de l'embrouille. Dialoguer avec elle causait une sorte de tournis. Je pensais à la phrase de Coluche sur les technocrates : « avant qu'ils aient fini de répondre, on ne comprend plus la question qu'on a posé. »

Je me suis décidé à parler, surmontant une certaine timidité. J'ai dit qu'il m'était très difficile de cumuler les souffrances du harcèlement avec la gestion de personnel à mille kilomètres de distance. Et j'ai suggéré que le CA reçoive non plus un mais tous les salariés lors du prochain conseil. Selon moi c'était la meilleure façon d'entendre les doléances. La suggestion fut adoptée.

Mais ma déclaration en a fait naître d'autres, plus surprenantes. Une rumeur curieuse s'amplifia à l'adresse de la présidente : « Elle parle comme ma harceleuse... J'ai l'impression d'entendre ma harceleuse. » Marie-Louise qui réagit ainsi démissionnera bientôt. Elle n'assistera pas au prochain conseil.

En tout cas, Mme Pagano parut très satisfaite de la réunion. Elle nous offrit une tisane à son domicile personnel.




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