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Harcèlement: 8. Le coup de grâce
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8. Le coup de grâce
janvier-février 1999

mardi 16 avril 2002,  par Crypto


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Au retour des vacances de Noël, B... nous sort un petit discours de rabibochage. « C'est parti pour l'euro ! » s'envole-t-il. « On a connu des problèmes... je souhaite que ça aille mieux. » Nous y avons cru. Jusqu'au coup de grâce.

Précédent      À suivre...

J'ai fêté mon anniversaire en petit comité sans observer le protocole officiel. D'autres ont déjà appris à sécher les anniversaires obligatoires ou se réjouissent que la date les concernant tombe pendant les vacances d'été.

Le matin du 28 janvier, B... me convoque théâtralement et accuse : « Guillaume va quitter le stage à cause de toi. Il vient de partir dans sa famille pour se ressourcer. »

Comment ? Pourquoi ? L'accusation n'est pas exprimée intégralement. Encore une fois, il parle comme s'il allait de soi qu'il détienne la vérité. Que me reproche-t-il précisément ? À mes demandes d'explication B... se contente de répondre : « Ne me prends pas pour un con. Je donne raison à ceux qui travaillent. » Guillaume a effectivement été absent toute la journée. Mais il figure au nombre des fanatisés de B... ; il est de ceux qui ne m'adressent strictement jamais la parole, depuis ce matin d'octobre où il m'a lancé avec dédain : « Je ne te dis pas bonjour. » Qui plus est, il a un comportement quasi autiste à l'atelier. Une non-communication qui rendait bien improbable l'éventualité d'un conflit.

L'accusation me laisse KO. Ceux à qui j'en parle restent incrédules. « C'est vraiment n'importe quoi » répond Dominique. Ulcéré, le lendemain je retourne vers B... pour lui demander, sinon des excuses, du moins des explications. B... ne lâche pas son outil. Il fait la sourde oreille. Sur mon insistance, il consent à répondre de façon lapidaire : « J'ai dit ça pour te motiver. Tu ne montres pas assez de passion. Il n'y a que ton travail qui m'intéresse. Je ne peux pas te faire confiance. »

Entre-temps Guillaume est revenu. Où a disparu la réalité ?

Depuis, à l'atelier, je reste pétrifié sur ma chaise. Je suis plongé dans un sentiment dépressif, totalement improductif, lentement dégoûté des bouts de bois. Je doute de plus en plus. De mon état mental. B... dit encore : « Je sais bien ce que j'ai à te dire pour que tu ne fasses rien de la journée. » Je ne sais pas ce qui me scandalise le plus ; l'ignominie de l'accusation ou l'absence totale de culpabilité qu'affiche B... ?

Je tente à de nombreuses reprises de rétablir un dialogue avec B... qui répond, en affectant sans cesse d'être débordé : « C'est de l'histoire ancienne ! »

Plus tard, c'est lui qui s'adressera à moi sur un ton mielleux : « Je te sens malheureux, [Crypto] » Mais nos entretiens en tête-à-tête sont profondément déstabilisants car ils butent toujours sur des malentendus inextricables. Lorsque j'exprime un mal-être ou une critique quelconque, B... rétorque d'un air triomphal : « Eh bien tu vois, ta place n'est pas ici ! » De manière répétée, alors que je m'avise de prendre publiquement la parole, B... se lève et dit d'un ton presque naturel : « Bon, assez de discussions stériles, on va bosser. » Alors, avant que j'ai le temps d'ouvrir la bouche, un groupe de stagiaires se lève sur son impulsion.

J'en viens à douter de ma capacité d'élocution.

Le 26 février, huit heures, le directeur de formation me convoque dans son bureau.

Un autre stagiaire, Arnaud, est également convoqué. Entre-temps, B... a renchéri sur les accusations : « Tu sais bien que si Arnaud ne fait rien, c'est ta faute. » ( !) Il le dit comme on énoncerait une évidence implacable.

Le directeur de formation se passe la main dans les cheveux, s'étire vulgairement puis demande d'une voix flutée : « Qu'est-ce que vous faites en ce moment ? » La question me désarme. Ensuite il devient brutal : « On va changer de ton ! » Tout à coup, j'ai l'impression d'avoir en face de moi le videur d'une boîte de nuit. Je m'entends encore bredouiller : « On dirait que vous faites du maintien de l'ordre dans une banlieue. » Mais ce sera ma dernière parole de défense.

Le directeur proclame, avec un grand art de l'euphémisme : « Il va être envisagé de mettre un terme à votre formation. »

Tournure que je trouve odieuse. Il s'est transformé en machine et répéte encore et encore, d'une voix métallique : « Vous n'avez pas fait le travail. Je vais vous écrire, je vais vous écrire. » Je suis au bord de la crise nerveuse. Le directeur semble guetter avec gourmandise une réaction violente. Je demande : « Qu'est-ce que je vais devenir ? » Il répond : « Vous ferez ce que vous voudrez. » Il prend soin de répéter ses phrases assassines à plusieurs reprises. B... suit à l'entretien dans une sorte de recueillement imbécile.

Le coup de grâce. Je quitte le bureau vaincu.

Arnaud vient de subir le même type d'entretien et quitte le stage définitivement. Il poursuivra sa formation dans une entreprise parisienne. Il quitte le loft, en somme.

Je fais une ultime tentative de conciliation, seul à seul avec B... « On peut se voir ? » B... répond, de manière clinquante : « Bien sûr ! » Il se donne maintenant l'air d'un bourreau qui tendrait la dernière cigarette au condamné. Il va jusqu'à proposer de m'aider à rassembler mes outils. « Tu veux un coup de main ? » Je remarque plus que jamais les décorations qu'il porte à la boutonnière. B... prononce des bouts de phrases étranges, sur un ton qui va de la douceur sadique à la rodomontade. « Pour moi aussi c'est un échec. Allez, on va prendre un jeune, on va le former ensemble. Tu n'es pas mon moteur. C'est ton avenir, [Crypto] » Et enfin : « Tu n'adhères pas à mon système. » Son attitude m'apparaît réellement pathologique.

 

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« On retrouve chez les pervers lorsqu'ils communiquent avec leur victime, une voix froide, blanche, plate, monocorde. [...] Il peut aussi ne pas terminer ses phrases, laissant des points de suspension qui ouvrent la voie à toutes les interprétations, à tous les malentendus. Ou bien il envoie des messages obscurs et refuse de les expliciter. [...] (Les pervers) ignorent en particulier les sentiments véritables de tristesse et de deuil ; cette incapacité à éprouver des réactions dépressives est un trait fondamental de leur personnalité. [...] On tend à prêter à l'agresseur des sentiments dont il est complètement dépourvu. »

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Crypto
-rédacteur