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Harcèlement: 4. L'atelier
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4. L'atelier

mardi 2 avril 2002,  par Crypto


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Les stagiaires, immergés dans une solution totale, sont coupés du reste du monde. La vie privée est réduite à rien. La méthode pédagogique procède de l'ingénierie du Tartufe. Pas de véritable cours.

Précédent      À suivre...

La formation se déroule dans la zone industrielle, entre nationale et autoroute, à l'écart du centre AFPA. Une situation de splendide isolement. Les stagiaires font la navette entre le centre AFPA et l'atelier par leurs propres moyens. La sécurité des trajets n'est pas prise en compte. La télévision et la radio sont prohibées ; « Qui chante au traçage déchante au montage... » La construction d'un nouveau bâtiment sur le site de l'AFPA est programmée. En attendant, les machines restent posées sur les bois de livraison, il n'y a pas d'aspiration efficace des poussières, le cloisonnement est en placo et le mobilier vétuste et dépareillé. Une impression de précaire permanent. Le décor est celui de l'exposition des Meilleurs Ouvriers de France. B... nous présente son chef-d'oeuvre personnel, un meuble à écrire. Cubique, précieux, et lourd, le meuble est semblable à un autel portatif. J'étais interloqué par ses myriades de tiroirs luxueux mais inutiles, pour ainsi dire abstraits. « À quoi sert d'aller si loin ? » Réponse de B... le regard lointain, « On apprend vachement. » Son meuble préféré est le bureau du roi Louis XV.

Chaque matin se déroule autour d'un café ce que B... appelle un moment de convivialité. Une sorte de cérémonie rituelle d'avant match. B... évoque son passé du faubourg Saint-Antoine. De grandes échappées narcissiques au cours desquelles il marie maximes, aphorismes et proverbes d'atelier à un jargon psychopédagogique dans lequel il se prend les pieds. Notre objectif, dûment décrit, est « l'employabilité. » Parmi les mots fétiches, l'éthique et la qualité. « Par rapport à une qualité. »

« On ne perd jamais le temps qu'on donne. » Au cours du rituel, on ne cesse de gloser sur le partage, la mise en commun, l'échangisme. « Il faut donner pour recevoir. » Dans la pièce à café, le portrait dessiné et la photo de B... sont affichés au-dessus de la porte. Le « On » revient d'abondance. « On est un groupe » B... manipule largement le registre affectif. « Quand l'un d'entre nous n'est pas là le lundi matin, je vous garantis qu'on est pas à l'aise ! »

L'heure du « moment de convivialité » est fixée très ponctuellement à huit heures moins le quart. Mais il n'y a d'horaire officiel nulle part. Les trente-cinq heures sont présentées comme une loufoquerie. B... nous invite ouvertement à travailler à l'atelier jusqu'à minuit tous les soirs. Il nous incite à faire fabriquer le double de la clé à nos frais. Il nous présente cela comme un arrangement occulte qui échapperait aux aridités de l'administration, laquelle administration ne comprendrait rien de rien, etc.

Il est également fortement conseillé de venir travailler les jours fériés. Le onze novembre, B... met en scène sa femme pour l'occasion « Josiane a préparé le rosbif ! »

Un matin, B... nous commente Faut-il sauver le soldat Ryan sur le mode épique. À l'atelier, il cultive le sentiment d'héroïsme, au volant (on sait qu'il s'est fait prendre à 180 au volant de sa voiture) ou lorsqu'il s'agit de manipuler certains produits toxiques. La dorure au mercure, et ses ouvriers qui mouraient à trente ans, nous est contée sur un ton enflammé. Il fait preuve d'une vitalité démonstrative. « Il y en a après cinquante ans qui ont gardé la forme... Faut se donner du rythme, faut se donner des échéances. » Une visite à Paris se déroule à un pas de charge incroyable.

L'installation de lits de camp dans l'atelier est sérieusement évoquée. « Vous savez que vous pouvez me joindre à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit. » Nous apprenons qu'il a été pompier de Paris.

La vie privée est envahie, nous sommes immergés dans une solution totale. « Ici on fête les anniversaires ! » Les fêtes se déroulent sur le lieu de travail, un mélange des genres qui perturbe. La psychologue et la femme de B... sont là, mais il n'est pas question d'inviter les stagiaires des autres sections. « Je préfère qu'on soit tous ensemble ! »

Toutefois, il n'y a pas de cours véritable. « Les démos ça ne sert à rien. » La méthode pédagogique se veut ultra-moderne. Elle tient en un mot : « auto-formation. » Auto-formation, auto-évaluation. La méthode est une non-méthode déstabilisante ; on vous met des outils inconnus sous le nez et débrouillez-vous. Les plus aguerris, ceux qui ont déjà une expérience du bois, prennent les novices en charge ; ils assurent ainsi un véritable travail de formateur supplétif.

De son côté, B... termine scrupuleusement ses journées à quatre heures et demie (« Je ne suis pas stagiaire ») tandis que les stagiaires sont livrés à eux-mêmes le reste de la soirée ; « C'est vous qui faites votre stage. » La formule invite à l'autonomie, à la responsabilisation. En réalité, elle crée du malaise. Il nous apparaîtra progressivement que B... se sert de ce genre de formule pour se dédouaner de toute responsabilité personnelle.

B... nous mystifie dans l'idée que notre formation jouit d'une espèce d'autonomie expérimentale et farouche ; une école, « l'École de Chartres » dont il est le créateur. L'École de Chartres nous est présentée comme innovante, fragile et élitiste. « C'est une formation de niveau 4, mais ça devrait être reconnu en niveau 3 ! » Les travaux personnels sont bannis, les stagiaires travailleront pour le patrimoine national. S'identifier à la formation, entre nos mains son prestige, son futur et sa renommée, être animé d'un esprit d'abnégation pionnier ; tout cela flattait en nous l'esprit maquisard. « Le métier n'est pas reconnu... La profession peut décider de fermer à tout moment. »

Nous sommes incités à investir dans le travail comme des actionnaires, nous toucherions les dividendes plus tard, plus tard, lorsque nous serions installés. Il apparaît rapidement à quelques-uns que l'investissement est sans commune mesure avec le bénéfice invoqué.

 

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« Un autre procédé verbal habituel des pervers est d'utiliser un langage technique, abstrait, dogmatique, pour entraîner l'autre dans des considérations auxquelles il ne comprend rien, et pour lesquelles il n'ose pas demander d'explications de peur de passer pour un imbécile. Ce discours froid, purement théorique, a pour effet d'empêcher celui qui écoute de penser et donc de réagir. Le pervers, en parlant d'un ton très docte, donne l'impression de savoir, même s'il dit n'importe quoi. »

Précédent      À suivre...



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-> 4. L'atelier
(1/3) 8 janvier 2005, par caracha

-Auto-congratulations
(2/3) 6 février 2004, par Goélette

-> 4. L'atelier
(3/3) 31 juillet 2003, par Damien


FORUM

> 4. L'atelier
8 janvier 2005, par caracha début du forum
VOUS AVEZ LE CHOIX :FAIRE DE SA VIE une vie tel siddartha faire de sa vie un enfer merci la chimie merci à vous pour votre article carole

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Auto-congratulations
6 février 2004, par Goélette début du forum

"De grandes échappées narcissiques au cours desquelles il marie maximes, aphorismes et proverbes d'atelier à un jargon psychopédagogique dans lequel il se prend les pieds".

Tiens, notre formatrice (Assistanat de Direction Bilingue Allemand) faisait pareil pendant de longues heures en début de formation.

Auto-congratulation, auto-justification, récits d'expériences professionnelles aussi diverses que douteuses... et une propension à manier la psychologie de bazar pour chaque geste...

Au début, ça me faisait rire. Maintenant, ça me fait bouillir de rage. Cette femme nous mentait sur tout, et je pense ici à notre enseignante d'allemand, qui n'a jamais agi ainsi. Cette dernière s'est juste un peu livrée lors de nos pauses café, nous racontait son enfance en Autriche, ses études. Elle se contentait de faire son job, ce qui nous inspirait le respect d'emblée.

Notre formatrice princippale se noyait dans des récits d'autosatisfaction : à l'entendre, elle avait révolutionné les entreprises où elle avait travaillé. Données invérifiables, naturellement...

Ah ! Ses délires métaphysiques sur le harcèlement moral qu'elle a soi-disant subi au sein même de l'AFPA. Curieux, j'ai eu dès les premières semaines l'intuition que c'était elle qui avait harcelé, je ne sais pourquoi...

elle aussi s'est pris les pieds dans sa psychologie de bazar. Je garde en tête une phrase qu'elle a prononcée lors des techniques de recherche de stage (en fait, de la PNL pur jus) : "Il faut se rafraîchir l'esprit à l'ombre de son harmonie". Celui ou celle qui comprend ce que veut dire cette phrase peut s'exprimer aisément sur ce site. Il est le bienvenu !

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  • > Auto-congratulations
    4 mai 2006, par Lorenzodidier

    Chère Goellette, Ton témoignage a attiré mon attention : j'ai suivi un stage d'assistant import/export trilingue à l'AFPA de Strasbourg à partir du 09 janvier dernier. Notre responsable de formation était Mr Alain Marchon (que tu connais bien). Ce stage devait durer jusqu'au 22 décembre ; cependant, en raison du climat qui y règnait, j'ai dû y mettre fin. Notre formatrice me dévalorisait constamment (ainsi qu'une stagiaire partie à la fin de la 1ère semaine de formation, et une autre stagiaire, expulsée sans ménagement du centre pour avoir osé se rebeller contre le harcèlement qu'elle subissait). La formatrice trouvais que je n'avais pas un vocabulaire adapté à la profession ("Lorenzo, vous n'êtes pas Cyrano de Bergerac !" "Reprogrammez-vous, Lorenzo, reprogrammez-vous ..." comme si j'étais un ordinateur). De plus, la formatrice avait estimé que je n'étais pas fait pour ce métier. Cependant, elle a été incapable de m'avouer pourquoi mon profil ne correspondait pas aux exigences du métier (alors que les tests d'admission révèlaient le contraire). Un matin, elle a déclaré sur un ton rageur qu'elle ne supportait plus les contraintes liées à son métier car (en s'approchant très près de moi avec un air menaçant) :"Je ne sais pas quoi faire de Lorenzo !". Un autre matin, en plein cours, elle s'est interrompue pour m'invectiver :"Lorenzo, je vous inerdis de prendre des notes !Vous allez écouter car, comme ça, vous allez comprendre !". En outre, la formatrice trouvait souvent un prétexte pour ne pas nous aider (la stagiaire expulsée par la suite et moi) : elle était trop occupée, nous devions revenir la voir plus tard etc. alors qu'elle était beaucoup plus disponible avec ses stagiaires "chouchous". Résultat : je perdais de plus en plus confiance en moi (ainsi que l'appétit), je n'arrivais plus à étudier le soir et le week-end, et j'ai quitté la formation le 31 mars dernier. Sur les 12 stagiaires de la formation, 3 sont partis à ce jour : 1 stagiaire partie d'elle-même au tout début, la stagiaire expulsée (puis réintègrée au centre d'hébergement suite à une décision de justice) et moi. Cette personne citée en dernier va sans doute témoigner prochainement sur le site de sa mésaventure. A présent, je me sens un peu mieux, mais les évènements sont trop récents pour que je puisse faire table rase de ces 3 mois de formation. Le plus étrange dans cette histoire, c'est que je connaissais ce site avant de suivre cette formation. Les témoignages d'anciens stagiaires AFPA harcelés me faisaient halluciner ! Puis ce fut mon tour...

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    • > Auto-congratulations
      5 juin 2006, par Lorenzodidier

      J'ajoute un nouvel "épisode" à la mésaventure que j'ai connue, mes 2 anciennes collègues de stage en import/export à l'AFPA de Strasbourg. J'ai repris contact récemment avec la stagiaire (appelons-la Lorenza)qui s'était rebellée contre notre formatrice à cause du harcèlement qu'elle subissait. Suite à cela, Lorenza avait été expulsée de la formation et du centre d'hébergement. Il lui avait été notifié par écrit qu'elle avait injurié notre formatrice (ce qui était faux) et que son comportement était irrationnel. En conséquence, la direction du centre AFPA de Strasbourg ne pouvait (selon elle) maintenir la présence de Lorenza sur les lieux et lui ordonnait de quitter le centre dans les 3 jours. Habitant loin de sa région d'origine, et n'ayant pas d'autre possibilité de logement, Lorenza (qui avait aussitôt intenté une action réfèrée en justice) a été obligée de dormir plusieurs jours dans sa voiture. Finalement, le tribunal saisi a donné raison à Lorenza car la procèdure d'expulsion n'avait pas été respectée (absence de sanction disciplinaire, délai d'expulsion trop court etc.). Lorenza a pu réintègrer le centre d'hébergement (mais pas la formation ; d'ailleurs, vu les évènements, Lorenza ne le souhaitait pas). Mais la direction de l'AFPA de Strasbourg a ensuite commis une grave erreur : elle a cherché à imposer à Lorenza un loyer d'environ 200 euros par moi (mentionné par écrit sur le nouveau contrat d'hébergement), alors que la décision de justice stipulait bien que l'hébergement serait gratuit. Lorenza a, comme son bon droit le lui permettait, a réintègré son ancienne chambre gratuitement. Maintenant, les avocats de Lorenza et de L'AFPA cherche à arriver (à la demande de l'avocat de l'AFPA de Strasbourg)à un arrangement amiable pour éviter un procès. En effet, il faut savoir qu'à l'AFPA de Strasbourg, certains formateurs ont été renvoyés depuis quelques mois (pour détournement de matériel destiné à la formation, pour harcèlement moral etc.). A présent, il existe (depuis 3 semaines, m'a-t-on dit) dans chaque unité de formation, une affiche indiquant un numéro de téléphone et une adresse que les stagiaires peuvent contacter en cas de problèmes (chose impensable il y a encore peu de temps, surtout lorsqu l'on connaît l'inertie de l'AFPA face aux problèmes rencontrés par les stagiaires !). Comme quoi, il y a finalement une justice à l'AFPA de Strasbourg. Il était temps !

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> 4. L'atelier
31 juillet 2003, par Damien début du forum
Une ambiance pareille, je sais à quoi ça fait penser, à Loft Story !

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Crypto
-rédacteur