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Harcèlement: Protéger le coupable [6]
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Protéger le coupable [6]
« Le directeur nous a dit qu'il s'ennuyait »

Première publication : 9 janvier 2002, mise en ligne : samedi 19 juillet 2003,  par Didier


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La Corse, maintenant.

Dans les articles précédents, nous avons relevé une série d'exemples suggérant que l'entourage de l'auteur d'une agression sexuelle a un comportement opposé à celui qu'on serait tenté d'imaginer a priori. Au lieu de condamner le coupable, l'entourage lui apporte aide et soutien. Au lieu de protéger ou de soutenir la victime, l'entourage montre les signes d'une réaction hostile, parfois inassumée ou dissimulée, parfois affichée ouvertement, qui tend à se transformer en attaques répétées, verbales ou physiques, à l'occasion très violentes - une agression seconde ou dérivée, distincte de l'agression première.

Les rôles sont donc exactement renversés.

Mais la plupart de nos exemples concernent des situations où sont simultanément présents un coupable, l'agresseur, et une victime, l'agressé.

Question. Le phénomène a-t-il pour origine la présence du coupable ou de la victime ?

La question peut paraître bizarre. Formulons-la différemment. Est-ce par réaction haineuse envers la victime que se déclenche l'agression dérivée ? Ou bien est-ce un phénomène indirect, fondamentalement centré sur le coupable, que la victime ne subirait que par ricochet ?

Une méthode pour trancher expérimentalement cette question consiste à rechercher des situations où, par exemple, il n'y a pas de victime dans le champ d'observation. Apparaît-il un processus d'aide et d'appui au coupable analogue aux situations précédentes ?

C'est en gardant cette question en vue que nous vous proposons l'histoire suivante, relatée dans un article de Jean-Yves Viollier paru le 9 janvier 2002 dans Le Canard enchaîné.

Notez que la position des trois personnes subissant des sanctions abusives n'est pas celle de victime du point de vue du fait générateur, l'érotomanie du directeur du Centre de la propriété forestière, qui n'engendre pas de victime sur place.

 

« Trois Corses victimes d'un petit chef obsédé »


« Il s'en est passé de belles, au Centre régional de la propriété forestière de Corse ! Depuis sa prise de fonctions à Ajaccio en août, le nouveau directeur du centre a réussi le tour de force de se connecter deux cent quatre heures sur Internet, soit près de sept heures par jour, dimanches et jours fériés compris. Ce qui laisse assez peu de temps, on en conviendra, pour étudier les dossiers ou aller respirer le bon air des forêts corses.

« Intrigués par cette hausse brutale des connexions, trois fonctionnaires du Centre régional ont plongé le nez dans les ordinateurs de la maison. Et découvert, stupéfaits, que les visites Internet du directeur concernaient des sites nommés « little orgasm », « lolita boys », « sex hymen » et autres joyeusetés du genre.

« Début septembre ils décident d'avertir le président du conseil d'administration, Dominique Santoni, et le préfet de Région, tutelle de l'établissement. Ils ne recevront pas la moindre réponse.

« Plus fort encore, lors du conseil d'administration, un mois plus tard, le directeur reconnaît les faits et propose de rembourser les connexions indues. Par 4 voix contre 2, le conseil décide cependant de ne prendre aucune sanction à l'encontre du directeur érotomane.

« Je ne comprends rien à Internet, affirme pour sa défense le président du conseil d'administration, Dominique Santoni, je suis pharmacien, et le directeur nous a dit qu'il s'ennuyait en attendant l'arrivée de sa famille encore sur le continent. »

« Devant les preuves informatiques détenues par les trois fonctionnaires de Bastia, la gendarmerie de Calvi se saisit finalement de l'affaire fin octobre. Il semble en effet que les modèles déshabillés appréciés par le directeur soient très au-dessous de l'âge légal.

« Cédant à la pression affectueuse de ses supérieurs hiérarchiques, le directeur se décide enfin à donner sa démission, laquelle a pris effet au 1er janvier. Mais l'affaire ne s'arrête pas là.

« Car au Centre régional, comme dans la Grèce antique, on est partisan de couper la tête aux porteurs de mauvaises nouvelles. Michèle [1], signataire de la lettre accusatrice, à qui avait été promis un poste de technicienne en forêt, vient d'être mutée à Ajaccio et a dû oublier tout espoir de promotion. Quant à Fabrice [1], cosignataire de la lettre, ingénieur des travaux des Eaux et Forêts, qui pensait couler des jours heureux pendant cinq ans à Bastia, il se voit signifier la fin de sa mise en détachement au 31 décembre. Motif invoqué ? « Le climat plus que délétère qui règne au CRPF », écrit sans sourciller Dominique Santoni au directeur général de l'administration du ministère de l'Agriculture. Comme si l'accusateur était un fauteur de troubles... Seul le troisième cosignataire semble pour le moment échapper à la vindicte de sa direction.

« Les propriétaires forestiers, la FDSEA, le syndicat des travailleurs corses ont déjà protesté contre ces mises à pied déguisées. Mais le ministère de l'Agriculture, un peu Ponce Pilate, répond que la décision appartient au seul Centre régional.

« Ce centre qui, après avoir nommé à sa tête un obsédé, aurait pu s'éviter deux sanctions pas du tout virtuelles. »

Jean-Yves VIOLLIER.

-  « Le Canard » ne cite pas le nom de ce directeur, marié et père de famille. Officiellement en poste jusqu'au 31 décembre, il était de tout façon injoignable depuis début décembre, une fois réglée la « promotion » des trois fonctionnaires du Centre. (Note du Canard enchaîné.)

Copyright © Le Canard enchaîné 2002.


[1] Nous avons supprimé les noms de famille figurant dans l'article du Canard.

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-> Protéger le coupable [6]
(1/1) 11 février 2004, par Nicolas


FORUM

> Protéger le coupable [6]
11 février 2004, par Nicolas début du forum
L'exemple est-il hors sujet ?
je suis sidéré par le contenu de cet article, qui me rappelle nettement l'affaire du viol de la petite Clara. Dans les deux cas, l'hostilité violente et collective envers la victime est a peine croyable. Je pense aussi que cet article dépasse le probleme abordé dans cette rubrique ("protéger le coupable") : en effet, il me semble qu'on ne saurait expliquer la reaction de soutien collectif a l'assassin uniquement par des mecanismes de pression mentale et de soumission psychologique au coupable.Est-ce qu'il n'y a pas dans les profanations répétées de la tombe de Sohane, une bestialité irréductible, profonde et surtout active, délibérée, individuelle. Cette violence, je crois, est incomparable avec la violence provoquée et "obéissante" que decrivent les experiences de Milgram. Il y a peut-etre ici une animalité obscure, une férocité qui mériterait une analyse différente... Qu'en pensez-vous ?

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Didier
-rédacteur