Février 2002 toujours, je dois assister à un enterrement de famille et demande l'autorisation d'absence à M. Thénardier. Il l'accorde verbalement mais conserve sous le coude la feuille de congés, me reprochant des ARTT trop nombreuses ce mois-ci...
Le jour de l'enterrement se tient aussi une réunion exceptionnelle, où tout le service discute sur le thème « qui fait quoi ». Le Ministère demande à répertorier individuellement les missions du personnel régional. Le document récapitulatif remonte au Ministère, signé conjointement par le chef de service et le salarié.
J'y assiste donc le matin et j'ai la surprise d'apprendre que ce genre de réunion a déjà eu lieu en 2000, pendant mon absence ; je découvre avec stupéfaction qu'un document décrivant mes fonctions est remonté au Ministère sans mon accord, ni ma signature. Lorsque vient mon tour de décrire mes fonctions et mes responsabilités, je fais part de ma désapprobation totale du document datant de 2000. Je demande qu'il soit rectifié. Pour 2002, il s'avère que je n'effectue que 15% de travaux d'exécution contre 85% de fonctions de responsabilité. Un des inspecteurs souligne que je travaille pour lui en totale autonomie, qu'il me délègue une partie de son travail en toute confiance depuis plus d'un an. La secrétaire du contentieux reconnaît également que j'ai assuré son secrétariat polyvalent sans problème durant plus d'un an. Mes collègues secrétaires relatent leurs travaux d'exécution. Suite à quoi, midi sonne, je sors de réunion et rejoins la cérémonie d'enterrement.
Le lendemain matin, hurlements de M. Thénardier. « Vous n'étiez pas autorisée à sortir de la réunion hier ! De quel droit vous êtes vous permise ? Comment avez-vous osé ? ! Vous avez intérêt à justifier votre absence dans les meilleurs délais, sans quoi je vous... »
Le document récapitulatif de la séance de « qui fait quoi » est très important pour moi. Je le lui répète. Réponse : « De toute façon, pour moi, il n'a aucune valeur en soi et ne prouve rien du tout, ne vous leurrez pas surtout ! Et puis, de toute façon, vous êtes dans un emploi sous-occupé ! » Cette réflexion, ça fait plus d'un an qu'il la rabache au quotidien...
M. Thénardier dit un jour en privé : « Vous savez, j'ai déjà eu l'occasion de licencier une personne dans le passé, c'était une très belle femme... (Air nostalgique.) À l'heure qu'il est, elle doit faire le trottoir ! » conclut-il avec un sourire mesquin et machiavélique. Dois-je penser que c'est le sort qu'il prétend me donner dans l'avenir ? Pourquoi m'avoir confié une telle atrocité ? Je reste sans voix et repars travailler.
Accompagnée d'un délégué syndical, je demande un nouvel entretien avec MM. Vampire et Thénardier, pour discuter de ma reconnaissance professionnelle. Après la demande d'entretien, je pars trois jours en congé.
Le jour de mon retour, M. Thénardier, se dirigeant vers sa pause-café, m'adresse en passant un « salut ! » de cow-boy comme à son habitude, et ajoute : « Ah, au fait, M. Vampire arrive dans une heure pour l'entretien ! » Je bondis sur le téléphone pour avertir le délégué syndical qui répond : « OK, j'y serais ! » M. Thénardier repasse devant mon bureau. Je lui dis de la même manière cavalière : « Au fait, un délégué syndical m'accompagnera lors de l'entretien ! » Il ne se contient plus de fureur et crie : « J'en ai rien à foutre de vot'syndicaliste ! Il peut venir ! De toute façon, il restera en dehors de notre entretien ! »
M. Vampire et le délégué syndical arrivent ensemble dans le service. M. Thénardier les accueille avec un sourire grimaçant et n'a d'autre choix que de capituler... Il monopolise la parole durant toute la séance, expliquant dans les moindres détails ce que j'effectue dans le service et conclut en regardant M. Vampire : « Vous n'avez d'autre choix que d'accepter un poste éventuel à la MSA du Rhône et sinon rester en attendant, sur votre poste actuel et dans les mêmes conditions. Que décidez-vous ? » Je ne réponds rien, stupéfaite de la tournure de l'entretien, et demande un mois pour réfléchir à cet ultimatum.
Le lendemain de l'entrevue, je peux enfin jeter un regard sur ma feuille de congés 2002 revue et corrigée par M. Thénardier... Il a inscrit « sortie sans autorisation » pour l'après-midi d'absence à la réunion de service... et un solde de congés 2002 réduit à 17 jours au lieu de 22. La secrétaire du DRH m'a déclaré que c'était normal, qu'au bout de six mois d'arrêt de travail, les congés annuels s'envolent.
Je reçois une lettre recommandée de M. Thénardier, qui « s'interroge sur le motif de mon absence », n'ayant pas réceptionné mon renouvellement d'arrêt-maladie sous les 48 h (je l'ai envoyé dans les délais mais au tarif réduit !). (voir pièce jointe)
Je récupère mon dossier médical de 1999 dans lequel le médecin a relevé que je parlais déjà des problèmes professionnels.
Seconde lettre recommandée menaçant de « me porter un avertissement pour faute professionnelle dans l'exercice de mes fonctions » le 31 octobre 2002. J'ai reçu la lettre après la date fixée pour l'entretien.
Que s'est-il passé le 31 octobre ? Je suis passée au bureau déposer mon renouvellement d'arrêt-maladie. Je pensais voir quelques collègues mais à 17h25, il n'y avait déjà plus un chat... Et puis, j'avais besoin de savoir où j'en étais des congés annuels 2002. Pour ce faire, j'avais appelé Miss Cruella pour qu'elle me fasse parvenir les documents mais au bout d'un mois sans réponse... sachant que tout agent a libre accès au dossier où sont classées les feuilles de congés du service, je me suis permis d'en faire des photocopies (on est jamais si bien servi que par soi-même !). J'ai été interrompue par deux inspecteurs qui rentraient de réunion et avec lesquels je me suis entretenue cordialement - autant de témoins.
Or, pour « porter un avertissement pour faute professionnelle », encore faudrait-il que je sois dans l'exercice de mes fonctions ? Je ne vois pas où est le délit de faire des photocopies de feuilles de congés et de déposer un arrêt-maladie ? Où aurais-je pu mettre le fonctionnement du service en danger ? ! De plus, à 18 h 15 j'étais déjà dans le métro ! (voir pièce jointe).
Puisque je n'ai pu répondre à leur convocation, dûment couverte par le certificat médical d'absence, ils ont interpellé le médecin conseil de la Caisse afin de « régler mon dossier médical ».
Le 17 décembre 2002, j'ai passé une expertise médicale auprès d'un médecin spécialisé dans les maladies professionnelles, dont le rapport confirme que je subis du harcèlement moral depuis de longues années.
Le 19 décembre 2002, le Dr Bouboule, médecin conseil de la Caisse, me convoque pour m'informer qu'il n'avait pas eu le temps de me donner son accord de sortie hors circonscription pour novembre et décembre 2002 (demande réceptionnée 48 h avant mon départ) et que le service administratif de la Caisse allait me supprimer dix jours d'indemnités journalières étant « sortie sans son accord verbal ».
Or, durant toute l'année 2002, j'avais effectué un certain nombre de sorties hors circonscription en informant systématiquement le Dr Bouboule, à l'avance et toujours par écrit, les demandes établies par le médecin traitant et soumises à son approbation comme le demande le règlement.
Je fais remarquer au Dr Bouboule que je suis sortie hors circonscription sans avoir jamais eu son accord verbal ! Il dit qu'alors toutes les sorties effectuées jusqu'ici m'ont été accordées.
« Ah bon ? dis-je, et comment ? Vous ne m'en avez jamais informé ni verbalement, ni par écrit, comme le veut le règlement ? »
« À chaque fois que je suis sortie hors circonscription, pour ma part, j'étais donc en faute tout le temps si je vous suis concernant le « règlement », n'ayant que votre silence pour toute réponse ? »
Le Dr Bouboule affirme et répète qu'il m'a bien accordé les sorties jusqu'à présent, qu'elles étaient soigneusement enregistrées dans son ordinateur et que j'étais en règle pour les autres fois (tout en tapotant avec affection son petit écran informatique), qu'il ne m'avait effectivement pas dit qu'il me les accordaient mais que bon, c'était tout comme !
Il reste très embarrassé et évasif dans ses gestes et ses paroles. « Cette fois-ci, je n'ai pas eu le temps en 48h de vous transmettre mon accord verbal, je n'ai pas de raison valable à vous donner pour ce contre-temps d'ailleurs... C'est comme ça, il faut le prendre comme ça ! C'est ce que j'ai dit au service administratif, pas de chance pour vous cette fois, je sais... Je n'y peux rien... »
Il ajoute qu'il n'avait aucun contact avec l'employeur, qu'il avait juste été interrogé par le service administratif de la caisse, qui cherchait à savoir s'il m'avait bien donné son accord de sortie hors circonscription cette fois-ci.
Je reformule la dernière phrase du Dr Bouboule durant l'entretien, en lui disant qu'il aurait dû m'informer de son accord par n'importe quel moyen et verbalement à chaque fois. Il dit : « C'est cela oui ! » Je lui répète que jamais il ne m'a jamais donné son accord verbal jusqu'à ce jour ! Pourquoi serais-je donc en tort cette fois-ci ? Il était normal de considérer son silence comme un accord tacite.
Il dit : « Non, non, je dois vous donner mon accord verbal ! »
Dialogue de sourd. Deux heures à blablater dans le vide.
Je m'absente de nouveau du 26 décembre au 5 janvier 2003. Dr Bouboule : « Dans ce cas, vous devez m'établir une demande comme d'habitude » (sourire de sa part). Surprise, je lui réponds : « Mais vous l'avez sous les yeux la demande, depuis le 28 novembre 2002 ! » Il lit le papier. « Ah oui, effectivement ! bien... Pour cette sortie, je l'enregistre sur mon ordinateur et je vous donne mon accord alors... »
Finalement, non seulement je n'ai reçu aucune notification de suppression des indemnité journalières, mais en plus j'ai touché mon treizième mois.
De même, à ce jour, pas d'avertissement, pas de blâme.
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