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Harcèlement: Rétrogradée
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Rétrogradée

samedi 29 mars 2003,  par Tess


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La vie a parfois des incidences qu'on ne perçoit pas toujours à temps. Parce que j'ai tant confiance en l'avenir, je garde l'espoir que tout s'arrangera finalement, que le cauchemar va cesser ; bientôt.

En 2000, la convention collective du travail change. Nous passons aux 35 heures. Nouvelles appellations pour chaque poste, définition des fonctions... les statuts des salariés sont entièrement remodelés. Du grade d'agent de maîtrise, la hiérarchie me catalogue dans le grade de secrétaire, soit simple dactylo-opératrice de saisie !

Rétrogradée !

M. Caliméro justifie sa décision ainsi : "Vous voyez, votre salaire ne baisse pas. Il reste au même niveau !..."

Sans pouvoir me défendre, toujours sous neuroleptique, je sens qu'on m'humilie, qu'on ne me reconnaît pas professionnellement ; malgré mon handicap temporaire, j'ai l'assurance d'avoir beaucoup donné pour le service avant de tomber au plus bas... Je décide d'effectuer un sevrage immédiat : Il durera presque un an. Je retrouve progressivement ma ligne et mon dynamisme ; mon moral d'acier est toujours là !

M. Caliméro part en retraite. Un M. Thénardier lui succède.

Vers la fin 2000, deux nouveaux inspecteurs s'adressent à moi pour leurs travaux de secrétariat. Voyant mes compétences en informatique, ils me délèguent une partie de leur travail d'inspection. Je récupère aussi certaines tâches d'inspection de M. Pépère. Je traiterai les dossiers avec plaisir, en espérant que M. Thénardier constatera les faits, l'évolution rapide de mon état, et reconnaîtra enfin mes compétences professionnelles... En un mot, j'accepte volontiers ce travail de confiance et cela me passionne. Les inspecteurs ne vérifient pas mon travail, je suis autonome à 100%. M. Thénardier signe les courriers, approuvant totalement le travail. Je ne suis plus secrétaire alors, je suis presque inspectrice du travail de fait, par la force des choses.

Parallèlement, j'effectue 50% de gestion de statistiques diverses et 5% de secrétariat. Je me dis comme ça que j'ai grand besoin d'une secrétaire, je n'ai plus le temps d'assumer les travaux de secrétariat courant !

En 2001, j'apprends avec étonnement, que la hiérarchie a accordé une augmentation de 600F à une de mes collègues, juste avant le changement de la convention collective, alors qu'elle n'exécute que des travaux de mise sous pli et dix petites lettres à frapper par jour ! Juste après son augmentation, cette dernière est partie en congé maladie pour dépression nerveuse « due à des problèmes de vie privée ». Durant un an. J'ai été la seule du service à proposer mon soutien auprès de sa supérieure hiérarchique pour effectuer son travail en plus du mien. Il fallait également assister à des commissions de contrôle médical tous les quinze jours. Cela prenait tout un après-midi. L'interruption me gênait beaucoup, mais je ne voulais pas laisser cette collègue en rade, on s'entendait très bien et c'est avec plaisir que je lui rendais service. Elle finissait par ne même plus venir me saluer, et s'arrangeait pour me déposer le travail sur mon bureau pendant que je n'étais pas là.

 

2001.- Demande de reconnaissance professionnelle


Je demande à M. Thénardier en entretien privé de revoir ma situation professionnelle. Durant la discussion, il reconnaît en totalité mes valeurs professionnelles et le résultat de mon travail dans le service, mais refuse de m'accorder une augmentation pour l'instant et conclut l'entretien en disant qu'il me « donne trois mois d'essai pour faire mes preuves ». Je lui dis que je suis totalement rétablie et que je ne comprends pas sa réticence, que je ne vois pas l'objectif de ces trois mois d'essai.

Les trois mois s'écoulent. Thénardier m'a fait subir une pression quotidienne :

-  en me confiant un rapport brouillon à taper en huit jours, que j'ai effectué en 48h, « nickel chrome ». Il en est tombé des nues...

-  en m'accusant d'erreurs commises sur l'analyse de statistiques d'accidents du travail, d'emploi, sur le résultat d'analyses budgétaires d'une caisse ;

-  en me soupçonnant de ne pas dépointer entre midi et deux et de profiter de la pause repas pour discuter avec les collègues pendant deux heures ;

-  en me narguant en proférant des menaces en l'air d'avertissement, puis en revenant le surlendemain pour admettre que je n'étais pas en tort sur les accusations qu'il avait lancées auparavant,

-  en me confiant un travail demandant vigilance et rapidité : établir les dossiers de listes d'aptitude des candidats aux postes de direction proposés dans la région Rhône-Alpes - travaux à exécuter en 10 jours au moins, normalement par deux secrétaires au moins : mission réussie en cinq jours ! Un domaine que je n'avais jamais abordée jusqu'à présent, qui était logiquement du ressort de Miss Cruella...

Son refrain quotidien, qu'il prenait un malin plaisir à entretenir : me rappeler que j'étais « sous occupée ».

M. Grincheux a voulu s'immiscer dans l'exécution du rapport, en le contrôlant avant que je le rende au chef. Il a corrigé trois mots et une virgule. Je lui ai demandé de ne pas intervenir, mais il a bizarrement beaucoup insisté à plusieurs reprises. J'ai cédé, par lassitude...

Par la suite, il s'est mis à revendiquer que c'était grâce à lui que le travail était aussi bon, que sans lui je ne m'en serais pas aussi bien sortie, que j'étais trop bien payée pour ce que je faisais, que je n'avais de toute façon aucun diplôme qui justifiait une augmentation alors..., etc. Il lui est arrivé de lever la main sur moi, prêt à frapper, surtout lorsque je répondais que je n'étais toujours pas reconnue professionnellement !

Ledit M. Grincheux ricanait régulièrement : « Tu es sur la sellette ! Tu es sur la sellette ! » Il disait aussi : « Mais non... tu es encore là pour vingt ans n'est ce pas ? ! Tu ne vas pas partir... ? ? » ou encore : « Tu sais, si on avait voulu, on aurait pu t'en mettre des avertissements ! Et puis on t'a bien laissé dormir lorsque tu étais en mi-temps thérapeutique ! » En 2001, je travaillais pour trois inspecteurs, M. Grincheux et deux contrôleurs de prévention, qui me déléguaient donc une partie de leur travail en plus de leur secrétariat. Nous sommes onze au total dans le service, dont trois secrétaires exécutantes.

Je relance M. Thénardier pour un nouvel entretien. Il était ravi, enchanté de mon travail effectué durant ces trois derniers mois.

Mais alors que je rentrais de congés annuels - posés trois mois à l'avance donc accordés par M. Thénardier dans les délais -, il me saute dessus pour me reprocher mon congé, que je n'aurai pas dû le prendre, que le service s'était retrouvé sans permanence au standard... et que c'était inadmissible de ma part. Je lui rappelais que je n'étais pas tenue de faire le standard dans mes fonctions, qu'il y avait deux secrétaires pour cela. Renseignements pris auprès de ces collègues, l'une d'entre elle s'est absentée pour maladie imprévue mais justifiée et l'autre est partie sans prévenir, en "RTT" ! Bizarrement, M. Thénardier ne leur a fait aucun reproche.

Un des contrôleurs de prévention, M. Pieds Nickelés, confie petit à petit son travail à Miss Cruella, discrètement, mais me réserve toujours ce qui reste compliqué ! Un jour, je vais le trouver dans son bureau et je lui demande de cesser son petit manège, qu'il n'a qu'à confier tout son boulot à cette secrétaire au lieu de me le refiler en douce. Lui, sans me regarder, « la tête entre les jambes », accepte. Depuis, il me dit à nouveau bonjour et se montre plus respectueux.

De même, tous les bureaux furent modifiés. M. Thénardier achète du nouveau matériel de bureau fonctionnel pour tous les agents, et me jette : » La prochaine fois, ce sera votre tour ! » J'attends encore à ce jour. Je travaille en alternance sur un bureau qui date de la guerre de quarante et sur une table informatique à part, éloignée du bureau, juste assez grande pour poser l'ordinateur.

Les attaques, toujours. M. Thénardier dit un jour que le chef qui l'avait précédé avait fait « la plus grave erreur de sa vie professionnelle en m'embauchant ».

Un jour, il me convoque dans son bureau, plutôt soucieux et tendu. Il m'apprend qu'il ne souhaite pas me garder dans le service finalement, qu'il me « renvoie » à la Caisse de sécurité sociale, sous-entendu en restant dans le grade actuel. Je sens qu'il bluffe et je cours le risque de lui répondre du tac au tac, que ce n'est pas lui qui me vire mais moi qui souhaite partir... Je lui demande comment fait-on pour prendre un congé sans solde ?

Le pauvre perd tous ses moyens, il ne s'attendant pas à cette réaction. Il se précipite sur ses papiers pour retrouver le texte de la convention collective et rechercher l'article qui stipule qu'il faut poser tant de mois de préavis avant de partir. Il panique, se perd dans ses décisions, et jette finalement : « Vous n'avez pas le droit de partir comme ça, aussi rapidement ! C'est impossible ! J'ai besoin de vous ! » « Non, ce n'est pas possible ! »

On en reste là.

Et la vie est un long fleuve tranquille, qui continue son chemin.

Tess
-rédactrice