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Protéger le coupable [1]
« Un instit bien soutenu »

jeudi 6 février 2003,  par Didier


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Lorsque se produit une agression, vers qui se porte l'aide et le soutien ? Qui protège-t-on naturellement ? la victime ou l'agresseur ?

La logique suppose que l'aide se porte vers la victime. Ainsi répondraient peut-être la majorité des gens. En principe l'agresseur, qui a commis une faute, appelle la sanction, non la protection.

Pour qui a subi l'épreuve du harcèlement moral, la réalité est moins claire. Il apparaît que l'écrasante majorité des victimes de harcèlement au travail sont licenciées. Le harceleur ne l'est pratiquement jamais ; il n'est pas rare qu'il bénéficie d'une promotion.

Aussi la question porte-t-elle sur le comportement réel d'une personne lorsqu'elle dispose du pouvoir d'influer sur les événements, par le fait d'une position hiérarchique, syndicale ou judiciaire, par exemple.

Quel que soit le contexte, entreprise, administration, association, il semble apparaître une réaction inversée : la sanction de l'agression tombe sur la victime ; l'agresseur reçoit un soutien significatif. La victime devient en quelque sorte le coupable. Le coupable est devenu la victime.

Pourrait-on confirmer l'existence de ce phénomène paradoxal par des études expérimentales ? Pourrait-on évaluer son importance éventuelle ?

Dans le principe, oui. Il est possible de concevoir une étude quantitative à la manière des expériences de Milgram sur la soumission à l'autorité, qui ont elles-mêmes marqué leur temps en dévoilant l'ampleur considérable d'un phénomène dénié. Cependant, à la connaissance certes bien limitée de l'auteur, il n'existe pas de descriptions ou d'études significatives publiées dans les revues scientifiques.

Face à ce vide, que faire ? Peut-être commencer par réunir de la documentation, aussi factuelle que possible.

De ce point de vue, les agressions sexuelles constituent un terrain d'investigation privilégié, notamment parce qu'une contrainte morale largement admise y est en jeu, l'interdiction d'imposer des relations sexuelles à autrui par la force ou la manipulation.

Dans le cas de la pédophilie, s'y ajoute l'interdiction d'abuser de la position de supériorité de l'adulte pour rabaisser l'enfant à un rôle de jouet sexuel.

La présence d'une loi morale forte rapproche ces situations du principe des expériences de Milgram, d'où leur intérêt psychologique.

Voici l'exemple d'une affaire de pédophilie présumée, relatée dans un article de Jean-Michel Décugis paru le 18 octobre 2002 dans l'hebdomadaire Le Point. Je l'ai choisi parce que l'enquête de presse s'est étendue à un grand nombre d'intervenants.

 

« Un instit bien soutenu »


« Pédophilie   la défense de l'instituteur de Cormeilles présumé pédophile est assurée par une association d'enseignants. »

« Le 9 février 2001, l'instituteur de Cormeilles, dans l'Eure, est incarcéré pour « viols et agressions sexuelles » sur ses élèves de CP. La directrice de l'école et l'inspecteur académique sont mis en examen pour « non-révélations ». Cormeilles devient le « village de la honte » pour avoir laissé pendant douze ans « un bon gars » briser l'innocence de dizaines d'enfants. Vingt mois plus tard, alors que l'instruction devrait se clore avant la fin de décembre, les familles sont amères.

« Le 18 juillet 2001, une demande de provision sur indemnisation de 50 000 francs (7 600 euros) formée par Me Terquem, l'avocat des trois familles de victimes, a été rejetée par la cour d'appel de Rouen. « On méprise nos droits », s'indigne une mère qui espérait, avec cet argent, « aider [sa] fille à redémarrer dans la vie. On a l'impression que l'on porte plus d'égard à Lechien, on nous rebat les oreilles avec la présomption d'innocence, mais ma fille souffre depuis un an et demi ». Une décision d'autant plus mal comprise que, selon nos informations, tous les frais de défense de Marcel Lechien, de la directrice et de l'inspecteur académique sont indirectement pris en charge par l'Éducation, via la Fédération autonome de solidarité. Une association avec laquelle le ministère a signé en février une convention collective au nom de la « garantie statutaire », soit une protection juridique offerte aux fonctionnaires. La Fédération, forte de ses 715 000 adhérents, soit 70% du corps enseignant, assure un suivi psychologique aux familles des trois fonctionnaires mis en cause et leur apporte une aide financière, participant aux frais de déménagement d'une d'entre elles. Un soutien dont n'ont pas bénéficié les victimes qui souhaiteraient quitter le village.

« Enfin, alors que les préfectures peuvent mettre en place des conseils départementaux d'aide aux victimes, dans l'Eure, rien de tel n'a été jugé nécessaire. De quoi renforcer le sentiment d'abandon des Cormeillais. « Nous n'avons rencontré qu'une seule fois l'inspecteur académique en un an », déplore Jean Simon, le président de Paroles d'enfants. L'association, créée l'an passé pour « soutenir les victimes », a tenu le 4 octobre son assemblée générale. Ni le maire, ni l'inspecteur académique, ni la nouvelle directrice de l'école, dûment invités, n'étaient présents.

« Côté suivi psychologique, le bilan est aussi sombre. Il y a vingt mois, les 300 anciens élèves - depuis 1989 - de l'instituteur avaient été auditionnés par la gendarmerie et vus par un psychologue. Une démarche sans précédent. Quarante-quatre agressions sexuelles sont imputées à Lechien, dont trois viols supposés. Vingt-huit victimes se sont constituées partie civile.

« Au regard de ces chiffres, le recours des familles aux cellules d'aide psychologique paraît dérisoire. « Jamais une dynamique n'a pu être enclenchée », regrette une psychologue de l'association d'aide aux victimes de l'Eure, mandatée par le ministère de la Justice. Treize parents et huit enfants ont fréquenté par intermittence les séances. Seuls trois poursuivent leur thérapie. »

Jean-Michel DÉCUGIS.

Copyright © Le Point, 2002.



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-> Protéger le coupable [1]
(1/1) 16 juin 2004, par LILAH


FORUM

> Protéger le coupable [1]
16 juin 2004, par LILAH début du forum

Dans ce cas, il s'agit d'un "esprit de corps" caricatural. A défaut d'esprit critique ... D'une manière plus générale, "esprit de corps" suggère la notion d'appartenance, d'être "le même", "se reconnaître dans", "en être".

Après avoir lu les 7 articles sur "Protéger le coupable", voici mon questionnement :

Pourquoi des tiers s'identifient-ils à l'agresseur, pourquoi se reconnaissent-ils en lui ? Compassion déplacée pour un accusé / agresseur, pourquoi ?

1-Parce que le tiers se met dans la peau d'un accusé innocent ? Quoi de pire au monde, avec le fait d'être harcelé(e). Ce qui est d'ailleurs souvent une manière de harceler.

2-Par culpabilité pcq le tiers n'a pu vu ce qui se passait à côté de lui ? Pcq il a laissé faire, pcq ce serait reconnaître ses manquements (cas d'une hiérarchie par ex.)

3- Par refus de remettre en question l'image qu'il se faisait d'une situation (réticence au changement).

4- Par légéreté : refus d'examiner la situation = prendre parti sans s'être interrogé ?

5- Pcq l'abuseur était une figure d'autorité, avait un pouvoir moral, que le tiers est infantile, pcq la force le fascine, il vole au secours du fort-abuseur devenu faible du fait de l'accusation/révélation.

6- Pcq il est douloureux d'être en sympathie avec la douleur d'autrui (la victime)et que certains n'acceptent pas cette souffrance.

7- Par un aveuglement de type "primitif", comment dire ? "viscéral" ? "instinctuel" . Effet de horde. Mobbing. Une victime est désignée : se jeter sur la bête et s'en repaître. Laisser libre cours à la haine. Faire mal.

8- Par lâcheté : ex. ma déléguée syndicale (quoique salariée protégée) qui m'annonce spontanément qu'elle ne fera aucun témoignage pour moi pcq elle "elle reste dans l'entreprise".

9- Pcq le tiers y trouve un bénéfice direct : ex. moi licenciée, ma collègue obtient le poste qui lui avait été refusé auparavant.

Bon, voilà que d'une réflexion théorique j'en viens au particulier, au personnel.

Je pense aussi au cas de la malheureuse famille de la petite fille empoisonnée à la Josacyne en butte à la hargne du comité de soutien de l'homme désigné comme coupable par la justice.

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Didier
-rédacteur