Embauchée dans l'administration...
En décembre 1990, suite à une annonce publiée à l'ANPE, je suis embauchée par une caisse de sécurité sociale au grade d'agent de maîtrise, mais mon poste réel est celui de secrétaire de direction au sein de l'Inspection du travail agricole de la région Rhône-Alpes [1], en « autorisation de déplacement » vis-à-vis de la caisse de sécurité sociale. Je ne suis ni fonctionnaire, ni assimilée fonctionnaire.
Le chef de service, M. Caliméro, apprécie les femmes belles, grandes et minces... qui ont de la classe quoi ! Je pèse 56 kg pour 1,71 m et je parais plus jeune que mon âge.
Durant l'entretien d'embauche, M. Caliméro m'informe que certains agents sont « asociaux » et me demande si je serais capable de travailler dans une ambiance relativement difficile.
Je lui dis « oui » tout en ne comprenant pas le fond de sa question.
Outre la gestion de son secrétariat, je devais m'occuper de la saisie des budgets des caisses de sécurité sociale et suivre les décisions budgétaires modificatives. Un poste simple à tenir pour moi donc, sans trop de réelles responsabilités.
... J'inaugure le « milieu »
Dès le départ, les secrétaires en place, au nombre de quatre, m'ont exprimé ouvertement leur jalousie. À savoir que je gagne beaucoup plus qu'elles, exécutantes qui n'ont aucun diplôme ou un simple C.A.P., et qu'en plus... je suis mignonne. Leur jalousie mesquine, quasi-journalière, m'empoisonnera la vie durant deux ans.
En 1991, à la suite d'une formation professionnelle durant laquelle j'avais effectué une enquête sur les jeunes agriculteurs et rédigé un rapport avec l'aide très ponctuelle de deux autres stagiaires, ce dernier fut diffusé dans différents services administratifs. Il tomba entre les mains d'un journaliste, très intéressé par notre enquête, qui me demanda une interview.
Dans le service, mes collègues en crevaient de jalousie ! « À peine un an qu'elle est là, et elle passe dans le journal avec sa photo en première page ! ! ! » entends-je dire dans mon dos...
Calmons les rumeurs, SVP
En 1992, M. Caliméro, interpellé par certains agents du service, me fait comprendre que ce n'est plus possible, qu'il doit me changer de fonction afin de calmer les rumeurs. Il trouve le prétexte que je m'occupais mal du classement des dossiers. Or, tout le monde touchaient aux dossiers et les classaient n'importe comment, mélangés ou perdus dans la masse...
Je m'acharnais justement à retrouver leur trace et je culpabilisais sur mon degré de responsabilité, n'osant pas contredire les agents, voulant à tout prix conserver une bonne image de moi face aux autres, et rester en bons termes avec eux.
Je prenais donc la faute sur moi, même si je savais pertinemment que tout était mensonger. Quelques semaines plus tard, ils sont tous venus les uns après les autres, s'excuser du manque d'égard qu'ils avaient eu vis-à-vis de moi.
M. Caliméro me transféra sur un poste de secrétariat inexistant ou presque, qu'il fallait entièrement créer, sur le plan du classement et de la création des documents informatiques.
De plus, j'avais en charge la gestion et le suivi des statistiques d'accidents du travail, outre que je conservais :
la gestion du budget des caisses. Je travaillais alors pour deux contrôleurs de prévention ;
la gestion du secrétariat administratif de trois inspecteurs ;
plus quelques travaux effectués pour M. Grincheux, l'adjoint du chef de service.
Mes collègues exécutantes, pendant ce temps, ne travaillaient que pour un inspecteur unique.
J'avais pour seul outil de travail, un ordinateur monochrome bas de gamme et une imprimante merdique, qu'on aurait pu croire que les documents étaient frappés à la machine à écrire ! C'était impossible de travailler dans ces conditions ; je trouvai la solution d'utiliser des ordinateurs situés dans deux, voire trois, bureaux à des étages différents dans le bâtiment, pour disposer des logiciels adaptés à mes besoins.
Nouvelle convocation
M. Caliméro me convoqua un jour dans son bureau pour m'informer que des jalousies persistaient, de la part de mes collègues, sur le point brûlant : le salaire...
Alors il me dit qu'il augmenterait le salaire de celles-ci et non le mien, pour « calmer les esprits ». Il me demanda d'accepter sa décision...
Je ne me décourageais pas pour autant, passionnée par mon travail, ayant créé un poste qui fonctionnait à merveille malgré les inconvénients matériels ; je montais des programmes informatiques afin d'être au top du top de l'efficacité, créant des cartes géographiques pour les statistiques, mieux que les graphiques ! Des documents qui seront diffusés au plan national.
Là encore, réticence déclarée de mes collègues, allergiques à l'informatique, certains ne voulant même pas entendre parler de toucher un clavier de leur vie... Ils essayaient de me persuader que tout ce que je faisais était inutile, qu'il n'y en avait nul besoin pour le fonctionnement du service.
Je ne les écoutais toujours pas et continuais de prendre des initiatives, j'ai ça dans la peau. M. Caliméro m'obligea, sous la menace de me virer, à former une secrétaire sur informatique durant huit mois. Il menaça également cette collègue de la muter dans un autre service si elle ne s'y mettait pas rapidement. Auparavant j'avais justement demandé à suivre une formation de formateur en informatique ; Caliméro me l'avait refusée à deux reprises.
Je décidai de créer tous les courriers-types sur informatique, avec les en-têtes administratifs, les formulaires, les tableaux existants, qui étaient utilisés dans le service et commandés à une imprimerie extérieure jusqu'alors.
Le résultat soulagea beaucoup les frais de gestion du service tous comptes faits, et on m'en remercia verbalement. Sachant que je pouvais faire pas mal de choses, on me sollicitait souvent à cette époque pour les documents complexes ou élaborés, que j'étais seule à pouvoir effectuer ; des collègues me demandaient même de travailler pour leurs besoins personnels...
La suite au prochain épisode !
[ 1] Très exactement, le SRITEPSA ou Service régional de l'inspection du travail, de l'emploi et de la politique sociale agricoles de la région Rhône-Alpes.
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